Trop tôt

Witek Jo, Trop tôt, Talents Hauts, 2015.

Pia et Marthe sont en vacances au soleil. Il fait chaud.  La chaleur s’empare de leur corps en pleine ébullition. A 15 ans, elles ne rêvent d’une seule chose : sortir avec un garçon. Mais les vacances passent et elle désespèrent jusqu’au fameux soir… La veille du départ Pia rencontre Nathan. Coup de foudre. L’émotion prend le pas sur la raison. Les corps prennent possession des pensées. Pia vit sa première nuit d’amour intensément, passionnément, à la folie.

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« J’étais ivre du moment présent. Je sentais le désir battre dans mon ventre, dans ma poitrine, dans mes fesses, dans ma gorge, partout. Un rythme sec, rapide, haletant. J’étais ce rythme. Rien d’autre. Pas de pensées, juste mon corps qui dansait dans la nuit avec un garçon […] Je n’avais conscience ni du passé ni du futur. […] Je n’ai pas réfléchi. »

Le retour à la réalité sera rude. Pia tombe enceinte. Trop tôt, trop vite.

Trop tôt est un très beau roman sur l’amour, les émotions, la sexualité et ses conséquences. Percutant. La narratrice âgée de 15 ans seulement fait preuve d’une maturité exemplaire. Consciente de son insouciance, elle assume et agit en conséquence. On la suit dans sa réflexion, le cheminement vers son choix.  Le roman tire  toute sa force dans sa narration. Les phrases souvent courtes percutent d’abord pour raisonner ensuite comme une onde de choc.

« Tomber enceinte. On dit aussi tomber amoureuse. Pourquoi la langue française fait-elle toujours tomber les êtres humains dès qu’il s’agit de traduire leurs émotions fortes ? »

En somme, c’est beau, c’est fort, c’est touchant. Je vous le conseille vivement. Et accessoirement, ce roman serait absolument parfait pour accompagner une éducation à la sexualité.

S’il fallait mettre une note 

 

 

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Entre chiens et loups

Ian Edginton & John Aggs, Entre chiens et loups, Milan, 2016.

Perséphone et Callum se connaissent depuis l’enfance. Ils sont inséparables. Mais voilà qu’un jour la mère de Callum qui travaillait jusqu’alors comme femme de ménage pour la famille de Perséphone est gentiement et injustement remerciée. Les inséparables sont désormais contraints de se voir secrètement. Ils ont grandit. Leur amitié s’est transformée en amour. Mais l’amour est impossible. Perséphone est une Prima, son père est un ministre influent à la peau noire qui comme ses semblables, contrôlent le pays. Callum, lui, est blanc. Il appartient aux Nihils : les « riens », « les néants », une partie de la population opprimée et discriminée. Vous l’aurez deviné… Perséphone et Callum feront fi de cette haine raciale pour s’aimer.

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Les choses se compliquent plus encore lorsque Callum s’engage auprès de son frère dans un groupe militant considéré comme terroriste afin de mettre fin à la domination de la « race noire » sur la « race blanche ». Cet engagement crée incontestablement une distance entre les amoureux. Mais l’amour est plus fort. Il se retrouve dans des conditions dramatiques pour un dénouement des plus tragiques. Les rouages du racisme.

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Cette BD est une adaptation du best seller éponyme de Malorie Blackman. Le message de l’auteure est simple et aisé à saisir : et si la ségrégation avait été inversée ? A travers la démonstration de ce monde binaire des Noirs contre les Blancs (inversé ici mais qui a néanmoins existé… qui existe toujours ?) l’auteure met l’accent sur l’absurdité du racisme et ses conséquences néfastes. Ça a été eux, ça aurait pu être nous ou vous… les noirs/les blancs, les croyants/ les non-croyants/ les mauvais croyants, les femmes/les hommes…

 

 

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A travers les âges, il y a toujours eu un groupe pour asseoir sa domination sur un autre en prenant comme prétexte un trait socio-culturel, ethnique, religieux… qui par sa différence doit créer naturellement la prédominance. Or il n’y a rien de naturel ici. L’auteure le démontre : la soit-disant Nature aurait pu en décider autrement. Ça ne tient à rien. Le procédé peut sembler facile et simplet du genre récréation d’école : « t’es pas gentil, t’aimerai bien hein que l’on te fasse la même chose à toi ? » Mais il fonctionne. On s’accroche à  ces ados. On se questionne. On se raisonne.

En effet, le message est transmis simplement tant par le scénario que pas les illustrations (traits fins, très épurés et en noir et blanc)  mais il peut cependant choquer, heurter un imaginaire collectif établi. Cette BD jeunesse a été un petit coup de cœur pour moi. Très bien ficelée. Je vous la conseille vivement et incite tous mes collègues CDIistes à se la procurer !

Et s’il fallait mettre une note : 

 

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Une voix en Nord

Véronique Petit, Une voix en Nord, Oskar éditeur, 2013

Pour Marco, 8 ans, l’apprentissage de la lecture est douloureux. Les mots se transforment en véritable maux et l’enferment dans un illettrisme résigné. Une fatalité assumée lorsqu’il apprend que sa maman chérie ne sait, elle non plus, pas lire. Mais « parfois le talent ne trouve pas sa place de classe ». Le talent de Marco est le chant. Il a une « voix en Nord », le « Nord, du Nord ! ». Pour preuve son succès au casting de « Graine d’étoile » : Marco passera à la TV.  Pour ce faire, Marco doit apprendre à lire. Dilemme. Notre star est prise dans un conflit de loyauté : apprendre à lire pour chanter à la TV mais abandonner sa maman seule dans son illettrisme OU renoncer à l’idée « d’être riche et célèbre » pour l’accompagner dans son handicap…

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« Le vert du tableau est blanchi de lettres et de mots, prêt à étouffer tant il y en a. Moi je n’aime pas les lettres, ni les mots, ni l’école. Sauf les cours de chant, parce que j’aime beaucoup chanter et qu’en plus j’ai une voix en nord. C’est le maître qui l’a dit. Le Nord, c’est tout en haut sur la carte de France. Avoir une voix en nord, ça veut dire avoir une des plus belles voix de la France. C’est vraiment beaucoup de chance. »

Ce roman très accessible (dès la classe de CM2) est un roman plein de tendresse. Énormément touchant. Un hymne à la tolérance. Un appel au dépassement de soi. Bref une vraie leçon de vie.

Je vous avoue secrètement, à demi-mots… qu’habituellement les « romans juniors » (CM2- 6ème) rime pour moi avec devoir professionnel. Très peu très fan…. Hop, hop je les lis rapidement pour promouvoir la lecture auprès des plus petits. Mais celui-ci m’a profondément attendrie. On fond devant la mignonnerie extrême que provoque le récit de Marco : narrateur de haut vol. La candeur de l’histoire, la confusion des mots, les propos imagés ne laisseront, je pense, personne insensible.

Pour résumer, La voix du Nord est un beau (au sens noble du terme) roman sur l’illettrisme, ses causes, ses conséquences… Etre illettré dans une société où l’information est la matière première de tout et chaque échange relève véritablement d’un parcours du combattant.  La voix du Nord en témoigne avec simplicité et naïveté.

Et s’il fallait mettre une note : ☆☆

Dis-moi que tu m’aimes

Francisco de Paula Fernandez, Dis-moi que tu m’aimes, Albin Michel, 2012.

Minnie16 de son prénom Paula et Angel de son pseudo Lennon se sont donné rendez-vous dans la vraie vie après deux mois de discussion sur Facebook. Le jour J arrive, Paula attend mais Angel lui, n’arrive pas. Elle décide alors de rentrer dans un Starbucks. C’est là qu’elle croise Alex : un jeune homme « au-sourire-qui-tue » qui lit le même roman qu’elle « j’ai failli te dire je t’aime ». Point de départ d’un imbroglio amoureux.

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J’ai été tenté de faire un schéma heuristique en guise de billet pout démêler cet énorme nœud amoureux. Mais j’ai réussi à lutter contre toute aliénation et déformation professionnelle… Enfin qu’à moitié. Les élèves réclamaient des romans d’amour, les voilà servis et moi aussi. J’ai eu l’impression de tomber dans un paquet de chamallow dégoulinant. Petit aperçu.

Paula et Angel sont amoureux (avant même de se rencontrer, oui ça commence fort !). Mais Paula rencontre Alex avant Angel. Et Angel est en retard à son premier rendez-vous à cause de Katia, chanteuse espagnole à succès. Alex tombe sous le charme de Paula, Katia sous celui d’Angel. Paula est aussi aimée en secret par Mario, le frère d’une de ses meilleures amies. Ce dernier sera bientôt convoité par Diana, une autre meilleure amie de Paula. N’oublions pas Irène, demi-sœur (par alliance) d’Alex, une bombe de 22 ans qui fera tout pour mettre son « demi-frère chéri » dans son lit… si, si je vous assure… et ça a duré comme ça pendant 766 pages. Heureusement le talent d’écriture de l’auteur rend la lecture plus facile. Autre petit aperçu.

« Paula sourit et raccroche [appel avec Diana]. Sans se douter de ce que lui réserve la soirée, elle rentre tranquillement dans la station ». Frottement de mains. Frisson. Excitation. SUSPENSE et… plate déception : Paula avait rendez-vous avec Mario pour réviser l’exam’ de maths mais celui-ci s’est endormi puis sa soirée a été ponctuée par deux échanges de SMS avec Angel et Alex. Voilà. Il est difficile de se souvenir dans quel état de niaiserie nous étions adolescent. Mais ce roman nous replonge incontestablement dedans. La niaiserie atteint un tel niveau que cela en devient mignon et attachant. On a de nouveau 14 ans et on se retrouve embarquer dans la trépidante vie lycéenne. A la quête d’un élixir de jeunesse ? Lisez Dis-moi que tu m’aimes, sinon abstenez-vous.

Et s’il fallait mettre une note : ☆☆☆

La vie des gens

François Morel, Martin Jarrie, La vie des gens, Les fourmis rouges, 2012.

Martin Jarri est accueilli en banlieue parisienne pour répondre à une commande de la municipalité : réaliser un travail sur la ville et ses habitants. Il va alors à la rencontre de quinze personnes. Il demande à chacune d’apporter un objet qui leur est cher. Il les peint et envoie ses portraits, visages et objets, à François Morel qui les transforme en textes.

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« Décider de donner la même importance à ces objets banals qu’aux visages de leur propriétaire, c’était déjà une manière de raconter une vie ». En effet, à travers chacun de ces objets – a priori anodins – on découvre des vies, des souvenirs, des regrets, des espoirs, des fantasmes… Des parcours de vie touchants.

Parmi eux et entre autres, Paulette et son cochon en porcelaine : dernier cadeau de son défunt mari, mort deux ans avant la retraite, mort deux ans avant de réaliser son rêve de faire le tour du monde avec les économies d’une vie matérialisée par un objet que l’on aurait souhaité briser au profit d’une vie trop tôt arrachée. Kader, lui, croque  la vie à pleines dents, ses baskets au pieds :  « Quand je marche dans la rue, j’hésite toujours entre vouloir que mes baskets me permettent de m’envoler et de m’accrocher à un avion qui vient de partir de Roissy, ou qu’elles me ramènent chez moi pour faire tranquillement le tour du monde, le temps d’une cigarette empruntée dans le blouson de mon père ». Elsa nous parle de  la guitare de son mari comme un symbole de liberté et d’évasion loin de la dureté de la vie et de ses déceptions. Michel partage ses différents voyages, avec sa femme peintre, à travers un souvenir du Pakistan : une robe offerte par des amis kalash. Marie-Claire vit, survit, revit à travers les nouvelles technologies. Antoine, lui, est coiffeur à défaut d’être photographe « pour renouveler les clichés », les idées reçues…

On rentre ainsi dans l’intimité de la vie des gens à travers un simple objet. La description de ces objets, pour beaucoup du quotidien, permet à ces personnes qui n’ont pas forcément l’habitude de parler d’eux de mettre des mots sur ce qui est longtemps resté sous silence. Les auteurs se sont également prêtés au jeu :

La vie des gens est un ensemble de témoignages émouvant et éloquent. Sous forme d’un album jeunesse, il est à mettre entre les mains des petits comme des grands !

Et s’il fallait mettre une note :

L’Arabesque

Erik Poulet-Reney, L’Arabesque, Oskar, 2013.

Le jour de ses 18 ans, Nora apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Son père n’est pas son père.

« Tu as toujours eu cette belle cascade de cheveux, ma Nora… Je t’ai souvent enviée, tu sais. » commence Emma, sa mère. « L’allusion à ses épais cheveux noirs et crantés ne lui avait jamais été faite qu’à l’école, au collège, au lycée et aux cours de danse. Jamais au seine de la famille. » Symbole d’un lourd secret de famille. « Question d’atavisme, lui avait dit un prof. Empreinte génétique d’un aïeul… » L’aïeul en question n’est autre qu’Idriss, le père biologique de Nora. Idriss disparut du jour au lendemain abandonnant Emma, laissant ainsi la place à Samuel, père adoptif de Nora.

Pourquoi ?

La vérité est ailleurs. De l’autre côté de la Méditerranée. Nora le sait. C’est pour Marrakech qu’elle va s’envoler. Nous assistons alors à un vrai voyage initiatique durant lequel Nora va rencontrer l’amour, à son tour. Un sentiment encore méconnu, il contribuera à sa construction identitaire tout comme, évidemment, la rencontre avec son père. Nora est désormais L’Arabesque : « L’Arabe ou presque. » Ses mouvements légers et souples de danseuse se fondent admirablement bien dans un décor merveilleux digne des mille et une nuit.

L’Arabesque est un roman jeunesse qui se lit bien. Tout en abordant la délicate question des secrets de famille Erik Poulet-Reney nous fait voyager à travers des descriptions maîtrisées.

Et s’il fallait mettre une note :

Le loup !

Orianne Lallemand, Le loup qui voulait changer de couleur, Auzou, 2009

En ce 25 décembre, jour où l’enfant est roi, je vous propose un petit  retour en enfance en compagnie d’un personnage clés des contes enfantins : le loup ! Le loup qui voulait changer de couleur est une histoire écrite « pour les p’tits loups qui ne se trouvent pas beaux, et qui le sont, tellement ».

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Il était une fois un gros loup noir qui n’aimait pas sa couleur car il la trouvait trop triste.

noir

Lundi il essaya le vert en se plongeant dans un gros pot de peinture mais cela n’allait pas du tout car il resemblait à une grosse grenouille.

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Mardi il enfila le pull de laine rouge que lui avait tricoté sa grand-mère. Mais d’un coup on aurait dit Père Noël. Cela n’allait pas du tout !

rouge

Mercredi le loup se faufila chez le fermier et cueillit toutes les roses du jardin afin de se couvrir le corps de pétales de fleurs. Il n’avait alors rien à envier à une princesse… Cela n’allait pas du tout.

princesse

Jeudi le loup se plongea dans un bain glacé pour en sortir tout bleu, mais cela lui donna bien mauvaise mine. Cela n’allait pas du tout.

jeudi

Vendredi il mangea un panier entier d’oranges. Il en récupéra les écorces pour se les coller soigneusement sur tout le corps. « De près, on [aurait] dit une carotte géante, et de loin, je ressemble à un renard ! » Cela n’allait pas du tout.

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Samedi le loup se roula dans une marre de boue et sortit ainsi tout marron. Mais vous l’aurez compris, nous avons à faire ici à un loup très coquet, l’odeur qui émanait de ce dernier ne lui convenait pas du tout !

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Dimanche le loup alla à la chasse au paon et tomba sous le charme de ses belle plumes. Il le dépluma aussitôt pour s’en parer. Il se trouva alors très beau. Mais il fut vite victime de son succès : le loup fut bientôt très convoité par de nombreuses louves.

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Un soir à bout de nerfs il enleva tout ses artifices et se contenta à lui même. Simplicité et naturel, voilà, qui lui allait parfaitement bien !

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La lecture de ce petit album est très agréable. On se prend vite au jeu. Mais si comme moi, vous avez un peu plus de 2,5 ans, vous risquez de saturer au bout du cinquième « tata on lit le loup?!! ».

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STYLE ENFER

Anthony Pastor, Style Enfer, Actes Sud, 2013

Kimberley, Kim Lee a 15 ans. Elle voit sa vie basculer lorsque son frère, Kévin, est accusé du meurtre de sa petite amie Valentine. Elle refuse de le croire. Elle va tout faire pour l’innocenter sans se douter qu’elle allait, elle-même, se confronter au danger…

9782330024253Kim Lee a un caractère et un style bien tranchés qui ne font pas l’unanimité. Elle le sait d’ailleurs : « J’avoue, mon style est particulier, unique même, ou plutôt ultime. Surprenant en tout cas. Un mélange personnel fait d’emprunts aux gothiques, aux punks et aux clowns, très déstabilisant pour la plupart de mes concitoyens. J’appelle ça le style enfer ». La couleur dominante est le rouge, pas le noir comme on pourrait s’y attendre. Car contrairement à beaucoup de mes camarades de lycée, la tendance au macabre ne me branche pas. Je vois l’enfer comme un lieu festif, une rave party colorée avec un son énorme. Des feux partout, qui réchauffent les âmes… » Mais sa vision de l’enfer change complètement après l’avoir réellement vécu lors de la quête d’innocence de son frère, en compagnie des amis de celui-ci autant torturé que déjanté Pierre et Rico.

Style Enfer est un thriller pour ados qui se lit bien (en une soirée c’était bouclé). Le rythme est dynamique, l’auteur sait nous tenir en haleine jusqu’au bout. On passe un agréable moment. L’intrigue est un peu simple, facile mais conviendra très bien au public visé.

Et s’il fallait mettre une note :

Rouge Tagada

Charlotte Bousquet. Stéphanie Rubini, Rouge Tagada, Gulf Stream, 2013

Layla fait sa rentrée au collège Marie Curie. C’est la nouvelle de la 4ème D. Son arrivée ne laisse pas indifférente Alex qui la repère dès le premier jour. Mais Layla est réservée, il est difficile de l’aborder. Les choses basculent au bout d’un mois, seulement . Layla tapote sur l’épaule de la jeune fille pour lui demander un stylo. C’est le début d’une amitié. Alex et Layla deviennent inséparables. Cette relation presque fusionnelle pose question. Les regards changent. Les langues se délient.

Collectif-Rouge-TagadaMais lors de son retour de chez son grand-père Layla est différente. Elle a rencontré un garçon dont elle est tombée amoureuse.

Rouge-Tagada-Trop-de-tropAlex est anéantie : « J’avais tellement mal au ventre, au cœur, à l’âme que je n’avais même plus envie de pleurer, juste de vomir, de fuir, d’en finir, de mourir ». Depuis sa rencontre avec Layla, il faut le dire, Alex est bouleversée par des sensations troublantes. Des sensations qu’elle garde sous silence peut-être par peur du jugement des autres, par crainte de perdre son âme sœur  ou simplement par méconnaissance d’une sensation nouvelle dont elle ne sait quoi faire.

Rouge-Tagada-planche-1J’ai découvert cet album grâce à Moka qui conseillait à tous les professeurs documentalistes de se le procurer pour leur CDI. C’est chose faite ! Et je ne regrette pas l’achat, bien au contraire (merci Moka ! ). D’abord, le graphisme (dessins, couleur..) est beau, attractif et incite à lire. Puis l’intrigue est touchante et très intéressante à maintes égards.

Les auteures s’attaquent ici à des thématiques complexes : l’adolescence, la quête d’identité, découverte de soi et de l’autre à travers le corps, l’attirance sexuelle… En effet, l’adolescente est une période délicate, de transition où l’on se cherche, se découvre parfois via le regard cruel des paires. On cherche un groupe d’appartenance qui serait susceptible de nous accueillir en son sein… Mais lorsque l’on se découvre des attirances qui ne font pas l’unanimité les choses deviennent plus difficile. En effet, les auteurs abordent ici un sujet encore fragile surtout lorsqu’il touche un public qui l’est tout autant : l’homosexualité féminine.

50479443_10514000Cet album est à mon sens efficace. A la fois frais, léger et fin, il pousse à la réflexion en mettant en lumière un sujet qui fait encore polémique dans notre société. Aussi le dénouement un peu brutale de l’album retranscrit bien les souffrances que peut générer une histoire d’amour impossible.

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Et s’il fallait mettre une note :

 

Je sauve le monde dès que je m’ennuie

Guillaume Guéraud, Je sauve le monde dès que je m’ennuie, Rouergue, 2012

« Eugène est incapable de se concentrer », « Eugène est incapable de supporter les contraintes », « Eugène est incapable de faire des efforts pour modifier son comportement » écrit Mme Charbonneau dans le dossier scolaire de l’enfant rêveur. En effet, Eugène a une imagination débordante. Dès qu’il peut, il s’évade dans le royaume des songes pour vivre des aventures extraordinaires avec ses héros préférés : Jack Sparrow, Spiderman, Naruto. Mais face à son comportement, ses parents s’inquiètent. Alors, pour tenter de solutionner le problème ces derniers prennent rendez-vous chez un pédopsychiatre-comportementaliste.

sauve_le_monde_couvDiagnostic : » Eugène rêve un peu trop mais ce n’est pas grave […] Eugène a juste besoin de s’évader » . Diagnostic qui provoque de vives réactions chez ses parents : « C’est tout ce que vous avez trouvé ? […] Juste besoin de s’évader ? Mais on en a tous besoin !  » Puis le verdict médical final tombe :  » oui, mais votre fils, lui, est capable de le faire ».

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L’auteur semble ici vouloir plaider la cause de ces enfants rêveurs que l’on veut coûte que coûte ranger dans des cases dès le plus âge. Un enfant résistant aux cadres imposés par les grands sera forcément un enfant différent. Une différence  qu’il faudra vite gommer à coup de baguette psychanalytique !

Je sauve le monde dès que je m’ennuie est un petit roman drôle, sans prétention, accessible à tous et donc facile lire. A mettre entre les mains des petits comme des grands !

Et s’il fallait mettre une note :