Mots rumeurs, mots cutter

Charlotte Bousquet & Stéphanie Rubini, Mots rumeurs, mots cutter, Gulf Stream, 2014.

Les parents de Solveig s’absentent un samedi soir. C’est l’occasion parfaite pour faire une soirée pyjama entre filles. Lorsque le chat n’est pas là, les souris dansent. Tout est permis. Tout est défis. On se questionne, on se bouscule, on joue à action/ vérité. Léa tombe sur action : « tu nous fais un strip tease ? » Dans l’euphorie de la soirée, elle s’exécute. Mais un appareil vicieux immortalise le moment. Une photo intime, des réseaux sociaux… Je vous laisse imaginer le cocktail diabolique.

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La vie de Léa devient un véritable enfer : insultes, intimidations, humiliation. Elle est harcelée de toute part. Seule. Elle doit faire face aux mots rumeurs, aux mots cutter.

A la veille de la journée nationale de la lutte contre l’harcèlement scolaire, cette BD tombe à point nommé.  C’est bien de cela qu’il s’agit. Une photo de Léa dénudée est publiée et partagée sur les réseaux sociaux. L’ampleur de la diffusion est grande. Les conséquences sont on ne peut plus néfastes. La réputation de Léa est ruinée. Sa vie sociale est réduite à néant. Son moral est au plus bas.

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L’harcèlement scolaire a toujours existé dans les cours de récréation mais avec les réseaux sociaux, il dépasse les murs de l’école. Il prend une autre dimension. Les victimes sont martyrisées non-stop. Affolées parfois honteuses ces dernières s’isolent dans un mutisme inquiétant. La spirale devient infernale. La BD en témoigne.

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J’ai lu cette BD avec mes yeux de prof-doc et une fois de plus j’ai trouvé les mots et les illustrations de ce duo de choc d’auteures incroyablement bien choisi. D’une efficacité exemplaire. Un outil pédagogique à part entière. Tout y est : sensibilisation à l’identité numérique, lutte contre l’harcèlement, éducation à la citoyenneté… Tout cela romancé, illustré , coloré. Bref Mots rumeurs, mots cutter est un petit bijou de BD pour TOUS LES CDI !

C’est ainsi que s’achève mes lectures de cette magnifique série de BD. Je la conseille à qui veut se plonger dans la vie trépidante de nos adolescents.

Les autres tomes sont ici : Rouge Tagada, Bulles & blues et Invisible.

Et s’il fallait mettre une note : ★★★★☆

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Les carnets de Cerise

Joris Chamblain & Aurélie Neyret, Les carnets de Cerise. Tome 1 : le zoo pétrifié, Editions Soleil, 2012.

Cerise a dix ans, elle est en CM2. Son truc c’est de raconter des histoires. Quand elle sera grande, elle sera écrivaine. comme sa voisine, Annabelle Desjardins, romancière renommée.

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Gros succès au CDI, il a fallu que je me mette à la page en découvrant à mon tour les carnets de Cerise. Je n’ai pas été déçue. J’ai lu le tome 1 et 2 d’une traite. Une vraie cure de jouvence. Rafraîchissant. Une lecture parfaite pour ces vacances !

Le tome 1, en quelques mots.

Le rêve de Cerise est donc de devenir une grande romancière. Pour ce faire, elle observe les gens pour percer leur secret et le dévoiler au grand jour. Plus la personne est mystérieuse mieux c’est évidemment. C’est en construisant leur cabane dans un arbre avec ses copines, Line et Erica, qu’elles font la rencontre d’un vieillard étrange. Accompagné d’un perroquet bavard, il traverse toujours la forêt à la même heure chargé de gros pots de peinture. Intriguée, Cerise décide de mener l’enquête.

 

En le suivant, les filles découvrent un mur majestueux qui sépare la forêt en deux. Contrairement au Trône de fer ce qui se trouve derrière est juste ma-gni-fi-que. On découvre les vestiges d’un ancien zoo où le vieillard travaillait en tant que peintre animalier. Attristé par la fermeture de zoo en faillite, il a continué à faire vivre cet endroit à travers des fresques animalières extraordinaires, d’une beauté à couper le souffle. Séduite, Cerise décide de réunir voisins, amis et famille pour donner une seconde vie à ce zoo. Succès assuré.

Cerise est un personnage plein de vie. Curieuse, elle déborde d’imaginations (que ce soit pour raconter des histoires ou pour mentir à sa mère). Elle représente à elle seule, le monde onirique et joyeux de l’enfance. Cet album est un vrai remède contre la morosité. Le graphisme est absolument fabuleux. La maîtrise du détail est épatante. L’illustratrice est talentueuse. Les fresques de Michel, le peintre animalier sont juste WAHOU ! Moi qui n’ai jamais aimé les zoo, j’ai été ici emportée.

Le blog de l’illustratrice c’est par ici !

Et s’il fallait mettre une note : ★★★★☆

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                              Chez Moka

 

 

Invisible

Charlotte Bousquet & Stéphanie Rubini, Invisible, Gulf Stream éditeur, 2015.

Marie est sympa mais personne ne la voit. Au collège, on peine à se souvenir de son prénom. A la maison, on l’entend à peine. Issue d’une famille recomposée, elle ne trouve sa place que dans le cocoon qu’elle s’est créée dans sa chambre. Entourée de ses hobbies, (lectures, bijoux DIY, …) c’est là qu’elle respire et pose ses maux dans son journal intime.

On retrouve, pour le dernier tome de cette série graphique autour de l’adolescence,  nos élèves du collège Marie Curie Layla, Léa, Chloé, Soan… Dans ce tome la lumière est mise sur Marie, une élève aux multiples talents (couture, créations de bijoux…) mais qui pourtant demeure dans l’ombre de ses camarades de classe, de sa sœur, de son frère… Marie est invisible aux yeux de tous. Elle évite d’ailleurs son propre regard. Le miroir lui renvoie en pleine face tout son mal-être : trop grosse, pas assez jolie, mal fringuée…

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« Tu ferais mieux de renoncer avant de te prendre la réalité en pleine face, ma grosse. Même pour tes parents, t’es invisible. Nulle. Néant. Nada. Alors pour Soan… »

Une lueur d’espoir, un revival surgit lorsque Soan s’intéresse à elle. Elle tombe sous son charme et fera tout pour lui plaire. Elle se reprend en main : sport, coiffeur, relooking… Mais Soan veut « sortir » avec Layla. Terrible chute. Les démons resurgissent de plus belle. Marie va au plus mal.

La quête d’identité et le manque de confiance en soi sont des thématiques qui accompagnent souvent l’adolescence et que l’on retrouve déjà dans Rouge Tagada. Le manque de confiance est abordée ici avec une acuité plus forte encore. Il engendre une vraie souffrance morale et physique. Marie s’isole, se réfugie dans la nourriture jusqu’à se dégoutter elle-même et causer sa propre perte.

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La discrétion de ces ados en difficultés  ne permet justement pas de repérer tout de suite leur souffrance. Les adolescents sont des boules d’émotions. Certains déboulent à tout va d’autres se replient dans leurs coins. Un passage. Une transition. Une période à passer. Sachant cela les adultes ont tendance à minimiser les douleurs adolescentes… ça passera. Or il y a des douleurs qu’il conviendrait de ne pas négliger.

Les auteurs traitent encore avec brio cette période complexe et parfois grave qu’est l’adolescence. Le graphisme un peu girly et les couleurs vives viennent nuancer la gravité de la situation en montrant que l’adolescence peut aussi rimer avec joie et légèreté.

Comme je suis une personne ordonnée et organisée. Je vous ai parlé du tome 1, 3 et 4 (ici) de cette série. Mais je compte bien me rattraper. J’ai repéré et mis de coté le tome 2 au CDI. On n’en a donc pas finit avec les collégiens de Marie Curie. Je vous en reparle très vite !

Et s’il fallait mettre une note: 

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                              Chez Mo’

L’enfant cachée

Marc Lizano, Loïc Dauvillier, Greg Salsedo, L’enfant cachée, Le Lombard, 2013

Un soir d’insomnie, Dounia se remémore son enfance. Sa petite fille Elsa l’entend et la rejoint. Elsa sent sa grand-mère tourmenter. Elle la questionne. Dounia n’a pas le choix. Elle doit raconter, se raconter. La grand-mère transmet alors à sa petite fille.

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Attirée par la couverture et le titre, je suis restée bloquée, sans le vouloir dans l’horreur des années 40 dans lesquelles je m’étais plongée la semaine dernière avec Irena.

Un jour en rentrant de l’école, les parents de Dounia lui annonce qu’elle devra porter une étoile jaune. Pour la préserver son père lui raconte une histoire à dormir debout d’élection de famille de shérif. Mais le lendemain, rien n’est plus pareil à l’école. On ne lui parle plus, on l’exclut, on l’ignore. C’est par une camarade de classe qu’elle apprend la vraie raison de cette étoile et de ce soudain changement de comportement envers elle : elle est juive. Puis les choses s’accélèrent. Le monde de Dounia s’écroule littéralement. Les forces de l’ordre viennent chercher ses parents. Dounia est épargnée, récupérée par les voisins. Elle devient l’enfant à cacher.

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Nous assistons alors à une touchante transmission de mémoire de la Shoah, d’une grand-mère à sa petite fille. Pourquoi devrons-nous, sans cesse, tout cacher aux enfants ? Curieux pour la plupart, ils se questionnent. Dounia décide de raconter, d’expliquer à Elsa, les choses telles qu’elles se sont passées avec simplicité et sans rentrer évidemment dans les détails les plus atroces. L’enfant caché montre merveilleusement bien ici comment les adultes peuvent aborder avec les enfants des sujets complexes intellectuellement et durs émotionnellement. Outre l’intérêt évident du témoignage historique, la BD témoigne également avec force et tendresse de l’extraordinaire relation grand-mère, petite-fille.

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L’enfant caché est sans conteste une belle BD au sens noble du terme. Le graphisme tout en rondeur, ici encore, apporte délicatesse et douceur à un récit de  vie éprouvant : le quotidien d’un enfant juif en 1941. A mettre entre les mains de nos petits collégiens !

Et s’il fallait mettre une note : ★★★★☆

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                                                                                          Chez Stephie

Trop tôt

Witek Jo, Trop tôt, Talents Hauts, 2015.

Pia et Marthe sont en vacances au soleil. Il fait chaud.  La chaleur s’empare de leur corps en pleine ébullition. A 15 ans, elles ne rêvent d’une seule chose : sortir avec un garçon. Mais les vacances passent et elle désespèrent jusqu’au fameux soir… La veille du départ Pia rencontre Nathan. Coup de foudre. L’émotion prend le pas sur la raison. Les corps prennent possession des pensées. Pia vit sa première nuit d’amour intensément, passionnément, à la folie.

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« J’étais ivre du moment présent. Je sentais le désir battre dans mon ventre, dans ma poitrine, dans mes fesses, dans ma gorge, partout. Un rythme sec, rapide, haletant. J’étais ce rythme. Rien d’autre. Pas de pensées, juste mon corps qui dansait dans la nuit avec un garçon […] Je n’avais conscience ni du passé ni du futur. […] Je n’ai pas réfléchi. »

Le retour à la réalité sera rude. Pia tombe enceinte. Trop tôt, trop vite.

Trop tôt est un très beau roman sur l’amour, les émotions, la sexualité et ses conséquences. Percutant. La narratrice âgée de 15 ans seulement fait preuve d’une maturité exemplaire. Consciente de son insouciance, elle assume et agit en conséquence. On la suit dans sa réflexion, le cheminement vers son choix.  Le roman tire  toute sa force dans sa narration. Les phrases souvent courtes percutent d’abord pour raisonner ensuite comme une onde de choc.

« Tomber enceinte. On dit aussi tomber amoureuse. Pourquoi la langue française fait-elle toujours tomber les êtres humains dès qu’il s’agit de traduire leurs émotions fortes ? »

En somme, c’est beau, c’est fort, c’est touchant. Je vous le conseille vivement. Et accessoirement, ce roman serait absolument parfait pour accompagner une éducation à la sexualité.

S’il fallait mettre une note 

 

 

Entre chiens et loups

Ian Edginton & John Aggs, Entre chiens et loups, Milan, 2016.

Perséphone et Callum se connaissent depuis l’enfance. Ils sont inséparables. Mais voilà qu’un jour la mère de Callum qui travaillait jusqu’alors comme femme de ménage pour la famille de Perséphone est gentiement et injustement remerciée. Les inséparables sont désormais contraints de se voir secrètement. Ils ont grandit. Leur amitié s’est transformée en amour. Mais l’amour est impossible. Perséphone est une Prima, son père est un ministre influent à la peau noire qui comme ses semblables, contrôlent le pays. Callum, lui, est blanc. Il appartient aux Nihils : les « riens », « les néants », une partie de la population opprimée et discriminée. Vous l’aurez deviné… Perséphone et Callum feront fi de cette haine raciale pour s’aimer.

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Les choses se compliquent plus encore lorsque Callum s’engage auprès de son frère dans un groupe militant considéré comme terroriste afin de mettre fin à la domination de la « race noire » sur la « race blanche ». Cet engagement crée incontestablement une distance entre les amoureux. Mais l’amour est plus fort. Il se retrouve dans des conditions dramatiques pour un dénouement des plus tragiques. Les rouages du racisme.

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Cette BD est une adaptation du best seller éponyme de Malorie Blackman. Le message de l’auteure est simple et aisé à saisir : et si la ségrégation avait été inversée ? A travers la démonstration de ce monde binaire des Noirs contre les Blancs (inversé ici mais qui a néanmoins existé… qui existe toujours ?) l’auteure met l’accent sur l’absurdité du racisme et ses conséquences néfastes. Ça a été eux, ça aurait pu être nous ou vous… les noirs/les blancs, les croyants/ les non-croyants/ les mauvais croyants, les femmes/les hommes…

 

 

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A travers les âges, il y a toujours eu un groupe pour asseoir sa domination sur un autre en prenant comme prétexte un trait socio-culturel, ethnique, religieux… qui par sa différence doit créer naturellement la prédominance. Or il n’y a rien de naturel ici. L’auteure le démontre : la soit-disant Nature aurait pu en décider autrement. Ça ne tient à rien. Le procédé peut sembler facile et simplet du genre récréation d’école : « t’es pas gentil, t’aimerai bien hein que l’on te fasse la même chose à toi ? » Mais il fonctionne. On s’accroche à  ces ados. On se questionne. On se raisonne.

En effet, le message est transmis simplement tant par le scénario que pas les illustrations (traits fins, très épurés et en noir et blanc)  mais il peut cependant choquer, heurter un imaginaire collectif établi. Cette BD jeunesse a été un petit coup de cœur pour moi. Très bien ficelée. Je vous la conseille vivement et incite tous mes collègues CDIistes à se la procurer !

Et s’il fallait mettre une note : 

 

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Une voix en Nord

Véronique Petit, Une voix en Nord, Oskar éditeur, 2013

Pour Marco, 8 ans, l’apprentissage de la lecture est douloureux. Les mots se transforment en véritable maux et l’enferment dans un illettrisme résigné. Une fatalité assumée lorsqu’il apprend que sa maman chérie ne sait, elle non plus, pas lire. Mais « parfois le talent ne trouve pas sa place de classe ». Le talent de Marco est le chant. Il a une « voix en Nord », le « Nord, du Nord ! ». Pour preuve son succès au casting de « Graine d’étoile » : Marco passera à la TV.  Pour ce faire, Marco doit apprendre à lire. Dilemme. Notre star est prise dans un conflit de loyauté : apprendre à lire pour chanter à la TV mais abandonner sa maman seule dans son illettrisme OU renoncer à l’idée « d’être riche et célèbre » pour l’accompagner dans son handicap…

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« Le vert du tableau est blanchi de lettres et de mots, prêt à étouffer tant il y en a. Moi je n’aime pas les lettres, ni les mots, ni l’école. Sauf les cours de chant, parce que j’aime beaucoup chanter et qu’en plus j’ai une voix en nord. C’est le maître qui l’a dit. Le Nord, c’est tout en haut sur la carte de France. Avoir une voix en nord, ça veut dire avoir une des plus belles voix de la France. C’est vraiment beaucoup de chance. »

Ce roman très accessible (dès la classe de CM2) est un roman plein de tendresse. Énormément touchant. Un hymne à la tolérance. Un appel au dépassement de soi. Bref une vraie leçon de vie.

Je vous avoue secrètement, à demi-mots… qu’habituellement les « romans juniors » (CM2- 6ème) rime pour moi avec devoir professionnel. Très très peu fan…. Hop, hop je les lis rapidement pour promouvoir la lecture auprès des plus petits. Mais celui-ci m’a profondément attendrie. On fond devant la mignonnerie extrême que provoque le récit de Marco : narrateur de haut vol. La candeur de l’histoire, la confusion des mots, les propos imagés ne laisseront, je pense, personne insensible.

Pour résumer, La voix du Nord est un beau (au sens noble du terme) roman sur l’illettrisme, ses causes, ses conséquences… Etre illettré dans une société où l’information est la matière première de tout et chaque échange relève véritablement d’un parcours du combattant.  La voix du Nord en témoigne avec simplicité et naïveté.

Et s’il fallait mettre une note : ☆☆

Dis-moi que tu m’aimes

Francisco de Paula Fernandez, Dis-moi que tu m’aimes, Albin Michel, 2012.

Minnie16 de son prénom Paula et Angel de son pseudo Lennon se sont donné rendez-vous dans la vraie vie après deux mois de discussion sur Facebook. Le jour J arrive, Paula attend mais Angel lui, n’arrive pas. Elle décide alors de rentrer dans un Starbucks. C’est là qu’elle croise Alex : un jeune homme « au-sourire-qui-tue » qui lit le même roman qu’elle « j’ai failli te dire je t’aime ». Point de départ d’un imbroglio amoureux.

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J’ai été tenté de faire un schéma heuristique en guise de billet pout démêler cet énorme nœud amoureux. Mais j’ai réussi à lutter contre toute aliénation et déformation professionnelle… Enfin qu’à moitié. Les élèves réclamaient des romans d’amour, les voilà servis et moi aussi. J’ai eu l’impression de tomber dans un paquet de chamallow dégoulinant. Petit aperçu.

Paula et Angel sont amoureux (avant même de se rencontrer, oui ça commence fort !). Mais Paula rencontre Alex avant Angel. Et Angel est en retard à son premier rendez-vous à cause de Katia, chanteuse espagnole à succès. Alex tombe sous le charme de Paula, Katia sous celui d’Angel. Paula est aussi aimée en secret par Mario, le frère d’une de ses meilleures amies. Ce dernier sera bientôt convoité par Diana, une autre meilleure amie de Paula. N’oublions pas Irène, demi-sœur (par alliance) d’Alex, une bombe de 22 ans qui fera tout pour mettre son « demi-frère chéri » dans son lit… si, si je vous assure… et ça a duré comme ça pendant 766 pages. Heureusement le talent d’écriture de l’auteur rend la lecture plus facile. Autre petit aperçu.

« Paula sourit et raccroche [appel avec Diana]. Sans se douter de ce que lui réserve la soirée, elle rentre tranquillement dans la station ». Frottement de mains. Frisson. Excitation. SUSPENSE et… plate déception : Paula avait rendez-vous avec Mario pour réviser l’exam’ de maths mais celui-ci s’est endormi puis sa soirée a été ponctuée par deux échanges de SMS avec Angel et Alex. Voilà. Il est difficile de se souvenir dans quel état de niaiserie nous étions adolescent. Mais ce roman nous replonge incontestablement dedans. La niaiserie atteint un tel niveau que cela en devient mignon et attachant. On a de nouveau 14 ans et on se retrouve embarquer dans la trépidante vie lycéenne. A la quête d’un élixir de jeunesse ? Lisez Dis-moi que tu m’aimes, sinon abstenez-vous.

Et s’il fallait mettre une note : ☆☆☆

La vie des gens

François Morel, Martin Jarrie, La vie des gens, Les fourmis rouges, 2012.

Martin Jarri est accueilli en banlieue parisienne pour répondre à une commande de la municipalité : réaliser un travail sur la ville et ses habitants. Il va alors à la rencontre de quinze personnes. Il demande à chacune d’apporter un objet qui leur est cher. Il les peint et envoie ses portraits, visages et objets, à François Morel qui les transforme en textes.

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« Décider de donner la même importance à ces objets banals qu’aux visages de leur propriétaire, c’était déjà une manière de raconter une vie ». En effet, à travers chacun de ces objets – a priori anodins – on découvre des vies, des souvenirs, des regrets, des espoirs, des fantasmes… Des parcours de vie touchants.

Parmi eux et entre autres, Paulette et son cochon en porcelaine : dernier cadeau de son défunt mari, mort deux ans avant la retraite, mort deux ans avant de réaliser son rêve de faire le tour du monde avec les économies d’une vie matérialisée par un objet que l’on aurait souhaité briser au profit d’une vie trop tôt arrachée. Kader, lui, croque  la vie à pleines dents, ses baskets au pieds :  « Quand je marche dans la rue, j’hésite toujours entre vouloir que mes baskets me permettent de m’envoler et de m’accrocher à un avion qui vient de partir de Roissy, ou qu’elles me ramènent chez moi pour faire tranquillement le tour du monde, le temps d’une cigarette empruntée dans le blouson de mon père ». Elsa nous parle de  la guitare de son mari comme un symbole de liberté et d’évasion loin de la dureté de la vie et de ses déceptions. Michel partage ses différents voyages, avec sa femme peintre, à travers un souvenir du Pakistan : une robe offerte par des amis kalash. Marie-Claire vit, survit, revit à travers les nouvelles technologies. Antoine, lui, est coiffeur à défaut d’être photographe « pour renouveler les clichés », les idées reçues…

On rentre ainsi dans l’intimité de la vie des gens à travers un simple objet. La description de ces objets, pour beaucoup du quotidien, permet à ces personnes qui n’ont pas forcément l’habitude de parler d’eux de mettre des mots sur ce qui est longtemps resté sous silence. Les auteurs se sont également prêtés au jeu :

La vie des gens est un ensemble de témoignages émouvant et éloquent. Sous forme d’un album jeunesse, il est à mettre entre les mains des petits comme des grands !

Et s’il fallait mettre une note :

L’Arabesque

Erik Poulet-Reney, L’Arabesque, Oskar, 2013.

Le jour de ses 18 ans, Nora apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Son père n’est pas son père.

« Tu as toujours eu cette belle cascade de cheveux, ma Nora… Je t’ai souvent enviée, tu sais. » commence Emma, sa mère. « L’allusion à ses épais cheveux noirs et crantés ne lui avait jamais été faite qu’à l’école, au collège, au lycée et aux cours de danse. Jamais au seine de la famille. » Symbole d’un lourd secret de famille. « Question d’atavisme, lui avait dit un prof. Empreinte génétique d’un aïeul… » L’aïeul en question n’est autre qu’Idriss, le père biologique de Nora. Idriss disparut du jour au lendemain abandonnant Emma, laissant ainsi la place à Samuel, père adoptif de Nora.

Pourquoi ?

La vérité est ailleurs. De l’autre côté de la Méditerranée. Nora le sait. C’est pour Marrakech qu’elle va s’envoler. Nous assistons alors à un vrai voyage initiatique durant lequel Nora va rencontrer l’amour, à son tour. Un sentiment encore méconnu, il contribuera à sa construction identitaire tout comme, évidemment, la rencontre avec son père. Nora est désormais L’Arabesque : « L’Arabe ou presque. » Ses mouvements légers et souples de danseuse se fondent admirablement bien dans un décor merveilleux digne des mille et une nuit.

L’Arabesque est un roman jeunesse qui se lit bien. Tout en abordant la délicate question des secrets de famille Erik Poulet-Reney nous fait voyager à travers des descriptions maîtrisées.

Et s’il fallait mettre une note :