Modigliani

École française, Jacques Lipchitz (introduction), Georges Boudaille (notices), Modigliani, Le Musée Personnel, 1966.

Modigliani fait parti de mon panthéon d’artistes depuis plusieurs années maintenant. Ses tableaux, plus précisément, ses portraits sombres dont dégage –  pour la plupart – une note de solitude, de mélancolie m’interpellent. Sans pour autant, tous, les trouver beaux au sens esthétique du terme ils m’intriguent. C’est donc tout naturellement que cet artiste de renom vient trouver sa place ici : Amedeo Modigliani est l’artiste du mois de février. Pour vous en parler, j’ai choisi de dépoussiérer un vieux livre du CDI édité en 1966, s’il vous plait !

modi2

Amedeo Modigliani naît à Livourne (Italie) le 12 juillet 1884. Il est le quatrième enfant de Flaminio Modigliani, courtier en peaux et charbons et d’Eugénie Garsin connu pour son fort caractère, elle consacre sa vie à l’éducation de ses enfants. Amedeo est un enfant malade. En 1895, il est atteint d’une pleurésie puis d’une typhoïde en 1898. Il fait malgré tout des études convenables. Il s’inscrit aux Beaux Arts. Il lit avec passion Dante, d’Annunzio, Nietzche et écrit même quelques poèmes. Comme beaucoup de ses contemporains il est attiré par la vie artistique parisienne. Il passe quelques jours par ci par là pour enfin s’établir à Montmartre.

https://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/60/Amedeo_Modigliani_Photo.jpg

Amedeo Modigliani dans son atelier parisien.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Amedeo_Modigliani

Modigliani se laisse emporter par ce bouillonnement artistique où plusieurs peintres vont influencer son art pendant sa période de formation : Toulouse-Lautrec, Cézanne, Steinlen, Matisse, Picasso… Puis comme son ami Constantin Brancusi, il s’exerce à la sculpture. Malgré toute ses influences, l’œuvre de Modigliani reste originale. Jacques Lipchitz, – artiste sculpteur qui fréquenta de près Modigliani et à qui on doit l’introduction ici – l’affirme :

« Son art était un art de sentiment personnel. Il travaillait furieusement, arrachant dessin sur dessin, sans s’arrêter pour corriger ou réfléchir. Il travaillait, semble-t-il, entièrement d’instinct extrêmement délicat et sensible, et qui devait peut-être beaucoup à son hérédité italienne et à son amour de la peinture des maîtres du début de la Renaissance. Il ne pouvait jamais renoncer à son intérêt pour les hommes, et il les peignait, pour ainsi dire, en s’abandonnant, pressé par l’intensité de son émotion et de sa vision. C’est pourquoi Modigliani, bien qu’il admirât la sculpture africaine et les autres arts primitifs, autant que n’importe lequel d’entre nous, ne fut jamais profondément influencé par eux, pas plus que le Cubisme. Il leur emprunta certaines stylisations, mais il était à peine conscient de leur spiritualité. Il trouvait une satisfaction directe dans l’étrangeté et la nouveautés de leurs formes. Mais il ne pouvait tolérer que l’abstraction se mêle aux sentiment, qu’elle s’interpose entre lui et ses modèles. C’est pourquoi ses portraits présentent une stylisation si remarquable et pourquoi ses nus sont, sexuellement, d’une telle franchise. »

En effet, Modigliani avait une façon bien à lui de dresser des portraits. Les yeux sont souvent sous forme d’amande sans précision d’une prunelle. Cette façon de peindre les yeux rend le regard de ses modèles tumultueux, peut être même, repoussant. L’artiste l’explique lorsqu’il parle de son travail : « D’un œil, observer le monde extérieur, de l’autre, regarder au fond de soi-même »

Marie, 1918

Modigliani est passionné, conscient qu’il ne vivra pas vieux ; il ne cessera de répéter qu’il veut « une vie brève mais intense ».

La première fois que Jacques Lipchitz rencontre Modigliani il clamait dans les rues du Luxembourg la Divine Comédie. Modigliani « savait ce qu’est la souffrance. Il était atteint de cette tuberculose qui devait l’emporter ; il avait faim et il était pauvre. Mais il était en même temps une riche nature – séduisant, plein de talent, d’intelligence, de courage. Et il était généreux – prodigue même – avec ses cadeaux qu’il dilapidait de manière insouciante à tous les vents, dans tous les enfers et les paradis artificiels. »

Jacques Lipchitz et sa femme, 1916-1917

L’artiste expose plusieurs fois grâce, entre autres, à son ami et premier admirateur le docteur Paul Guillaume. Mais il ne court pas après la célébrité ni la richesse. Il se fait payer ses commandes seulement dix francs l’heure. Une heure lui suffisait largement pour peindre un portrait. Dix francs, un portait de Modigliani : pas cher !

Paul Guillaume assis, 1916.

Le côté très vintage de cet ouvrage m’a fait sourire plus d’une fois. Les reproductions en couleurs ne sont pas intégrées dans l’ouvrage mais découpées (de je ne sais où d’ailleurs) puis collées.
modi1
Bien que vintage ce beau livre est assez bien fait. Plus d’une dizaine d’œuvres sont retenus, replacées dans leur contexte puis expliquées. Pour cet autoportrait par exemple l’auteur vient ici rétablir la vérité. « Il fut exécuté moins d’un an avant sa mort, il a été le point de départ d’une abondante littérature où le romantisme donne libre cours à l’imagination aux dépens de tout souci de vérité historique. » L’allongement de son visage n’est pas dû à l’évolution de la tuberculose nous explique-t-on mais plutôt à une volonté d’idéalisation, à un désir évident d’apparaître sous les traits d’un jeune peintre romantique. « Il y a une certaine complaisance chez l’homme qui se regarde dans la glace. La composition est moins audacieuse et moins expressive que dans tant de portraits de femmes. Modigliani a voulu laisser une image de lui-même, il a voulu qu’elle soit idéalisée, mais nullement dramatique […] La couleur est moins accordée, mais plus vive que dans d’autres œuvres similaires, et contribue à fixer le regard sur la palette, emblème du peintre ».
L’album s’achève avec ce portrait de Jeanne Hébuterne peint en 1919. « Il est beau et juste que cet album s’achève sur l’image de Jeanne Hébuterne, la compagne fidèle qui suivit son amant jusqu’à la mort après lui avoir sacrifié sa vie. Il existe de nombreux portraits de Jeanne Hébuterne par Modigliani. Celui-ci est un des plus émouvants et des plus gracieux. La couleur en est vive et gaie alors que l’expression du modèle est toute mélancolie et résignation ». L’amour est une bénédiction qui oscille rapidement en malédiction lorsqu’il est partagé avec ces êtres torturés que sont les artistes.
Il existe un biopic qui retrace la vie de Modigliani et raconte cet amour passionnel et destructeur :

Ce n’est sans doute pas le film du siècle mais il a le mérite d’exister et de retracer la vie de personnages haut en couleurs et de mettre en scène le Paris des grands artistes de l’époque. Une mention toute spéciale à Elsa Zylberstein plus belle que jamais ici.

La bande annonce :

Pour finir une citation de Modigliani éloquente de sa vie et son œuvre :

« La vie est un don de quelques-uns à beaucoup, de ceux qui savent et possèdent à ceux qui ne savent et ne possèdent »

Frida Kahlo

Frida Kahlo, Frida Kahlo : lettres 1922 – 1954, Points, 2007

Frida Kahlo a fait vibrer ce blog tout au long de ce mois. En ce 31 janvier, je viens clore l’hommage qui lui était rendu ici. Le temps fort fut évidemment l’exposition qui lui était consacrée à l’Orangerie. Le 11 janvier, (très précisément) nous avons attendu deux heures dans un froid glacial avant de pouvoir y accéder. Ça en valait le coup. Certes elle était très courte. De nombreuses œuvres manquaient à l’appel. Aucun tableau illustrant « les deux Frida » n’étaient représentés par exemple. Mais l’exposition était de qualité. Les œuvres de Diego (que j’ai découvert) et de Frida étaient bien en fusion. Des photographies d’eux deux venaient compléter ce mariage artistique. Et pour moi, le truc en plus, la cerise sur le gâteau était le lit au milieu de la petite salle consacrée aux autoportraits que Frida a donc peint lorsqu’elle était alitée. Bref, très beau moment.

expoPour clore ce mois Frida, j’ai choisi son recueil de lettres. Des lettres qu’elle envoyait à ses amants, sa famille, ses amis… On y trouve des poèmes aussi. Pour reprendre les mots de la traductrice Christilla Vasserot (car je ne saurai dire mieux qu’elle), « Frida Kahlo ne s’est donc pas contentée de peindre. Elle a aussi écrit. Et ses écrits sont de nouvelles peintures de soi. Elle s’est écrite comme elle s’est peinte : en se livrant, en racontant ses douleurs, ses engagements, ses amours. Elle couche ses sujets favoris sur le papier comme sur la toile. Ceux qu’elle représente sur ses tableaux ou ceux à qui elle les dédie sont aussi les destinataires de ses lettres. Parfois elle parle de sa peinture, livre des clés pour mieux la comprendre. Mais ses écrits, loin d’être de simples commentaires, sont de véritables créations. »

exe_Frida_Khalo-crg:exe

Un illustre exemple :

« Sur une feuille couverte de dessins surréalistes

Sentir dans ma propre douleur

la douleur de tous ceux qui

souffrent et puiser mon courage

dans la nécessité de vivre pour me battre pour eux

Frida »

Puis un autre :

« Poème

13 novembre 1957

dans la salive.

dans le papier.

dans l’eclipse.

Dans toutes les lignes

dans toutes les cruches

dans ma poitrine

dehors. dedans –

dans l’encrier – dans la peine à écrire

dans la merveille de mes yeux – dans les dernières

lignes du soleil (le soleil n’a pas de lignes) dans

tout. Dire dans tout c’est imbécile et magnifique.

DIEGO dans mes urines – Diego dans ma bouche – dans mon

coeur, dans ma folie, dans mon rêve – dans

le papier buvard – dans la pointe du stylo –

dans les crayons – dans les paysages – dans la

nourriture – dans le métal – dans l’imagination.

Dans les maladies – dans les vitrines –

dans ses rêves – dans ses yeux – dans sa bouche.

dans son mensonge.

Frida Kahlo »

Ses écrits donnent finalement un autre regard sur l’ensemble de son œuvre.

Et s’il fallait mettre une note :

En fin de semaine prochaine, je vous parlerai d’un autre artiste. Vous pouvez, vous aussi, participer à « un mois/un artiste » qu’il soit peintre, photographe, chanteur, danseur… Il suffit de :

– lire un livre consacré à un artiste (documentaires ou fictions : romans, nouvelles, BD… )

– de publier un billet sur votre blog

– de mettre le lien sous ma chronique et d’indiquer le lien de celle-ci sous le votre.

Alors cap ou pas cap ?

La beauté terrible

Gérard de Cortanze, Frida Kahlo : la beauté terrible, Albin Michel, 2011

La beauté terrible est un « livre qui n’est ni un essai, ni une biographie au sens classique du terme, mais plutôt un parcours dans les méandres d’une œuvre et d’une vie, derrière une falsification où le créateur livre toujours son journal authentique » .

En route pour le Musée de  l’Orangerie, j’ai souhaité approfondir mes connaissances sur cette artiste haute en couleur afin d’être incollable (ou presque) devant l’exposition. Mais, après ma récente lecture du Larousse qui lui était consacré, je ne pense pas en avoir appris davantage. Malgré tout, j’ai pris un réel plaisir à lire cette « biographie romancée ». On sent l’auteur passionné par l’artiste. Son écriture est fluide, dynamique et agréable à lire. Ses enchaînements sont subtilement travaillés. Les titres de ses parties sont éloquents. Contrairement au Larousse (qui répond bien à ses objectifs), l’auteur ne tombe pas dans un récit « scolaire » avec des thématiques que l’on peut coller à n’importe quel artiste : « sa vie », « sa peinture », « son engagement politique ». Au contraire, Gérard de Cortanze fait une constante corrélation entre ces différentes parties afin de leur donner du sens.

La beauté terrible est pleine de sensibilité. L’auteur s’intéresse à Frida Kahlo en tant qu’artiste et en tant que femme également. Ses deux facettes ne peuvent être dissociées. Frida Kahlo le revendique elle-même : « je n’ai jamais peint de rêves. J’ai peint ma propre réalité. […] « Ma peinture porte en elle le message de la douleur […]. La peinture a complété ma vie. J’ai perdu trois enfants […]. Les peintures se sont substituées à tout ça. » Sa peinture fait dire d’ailleurs à Diego Rivera « qu’elle peint la face intérieure comme la face extérieure d’elle-même et du monde. » Il ajoute : « C’est une œuvre amère et tendre, dure comme l’acier et fragile et fine comme les ailes d’un papillon, aimable comme un joli sourire et atroce comme l’amertume de la vie. » En effet nous ressentons ici avec une acuité plus forte la souffrance physique et morale subie par Frida tout au long de sa vie.

En revanche ce qui m’a surprise ici c’est la quasi haine que Frida avait à l’encontre des surréalistes et de Paris. Le Larousse l’évoquait. Mais je ne me doutais pas à quel point : « Ces gens sont des putes. Ils me font vomir. Ils sont si foutrement « intellectuels » et si pourris que je ne les supporte plus. C’est vraiment trop pour mon caractère. J’aimerais mieux rester assise par terre à vendre des tortillas sur le marché de Toluca, que d’avoir à faire avec ses salopes « artistiques » de Paris. Ils s’assoient des heures dans les « cafés » à réchauffer leur précieux derrière, et parlent sans arrêt de culture et d’art, de révolution et ainsi de suite et patin et couffin, ils se prennent pour les dieux du monde, ils rêvent les idioties les plus fantastiques et empoisonnent l’air de théories et de théories qui ne se réalisent jamais. Le lendemain matin – il n’y a jamais rien à manger chez eux parce qu’aucun d’eux ne travaille et ils vivent comme des parasites sur le dos d’un tas de riches salopes qui admirent leur « génie » « d’artistes ». De la merde et rien que de la merde voilàa ce qu’ils sont ». Voilà qui souligne le caractère bien trempé de l’artiste engagé. C’est dommage qu’elle le prenne comme cela parce que par ici on aime beaucoup les surréalistes. Ses ouvrages risquent de flirter de très près avec d’autres ouvrages consacrés à certains d’entre eux… J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

Blague à part. Si vous deviez lire un ouvrage sur Frida Kahlo,  je vous conseillerai celui-ci : efficace de par son fond et agréable de par sa forme.

Je finirai par une des citations les plus significatives.

Elle est l’incarnation tragique de ce que dit Platon sans détours : « Le corps est semblable à un tombeau qui nous emprisonne comme l’huître est prisonnière de sa coquille.

Merci à Moka pour cette belle découverte qui a également lu la beauté terrible.

Et s’il fallait mettre une note :

Je vous parlerai de l’expo à la fin de janvier pour clore ce mois dédié à Frida…

Frida Kahlo

Gerry Souter, Frida Kahlo, Larousse, 2013

« Frida Kahlo aurait dû mourir trente ans plus tôt dans un horrible accident d’autobus, mais son corps transpercé, anéanti, résista assez longtemps pour fonder une légende et une collection d’œuvres qui refit surface trente ans après sa mort. »

frida

Magdalena Carmen Frieda Kahlo y Calderón est née le 6 juillet 1907 à Coyoacan au Mexique. Sa mère, anciennement Matilde Calderón, dévote catholique et métisse d’ascendance indienne et européenne, possède une vision profondément conservatrice et religieuse de la place de la femme dans le monde. De l’autre côté son père, Guillermo Kahlo, est un photographe célèbre d’un certain renom qui l’encourage à penser par elle-même. C’est ce que Frida s’engage à faire tout au long de sa vie : penser et vivre librement. Pour ce faire son père l’inscrit à la Escuela Nacional Preparatoria de San Ildefonso où elle fait partie des trente-cinq jeunes filles admises sur un total de deux mille élèves et devient, déjà dans sa classe, un personnage entourée de garçons qui allaient devenir d’éminents intellectuels ou de futurs membres du gouvernement du Mexique. C’est là qu’elle développe progressivement de profondes affinités pour le socialisme.

Mes Grands-Parents, mes parents et moi, 1936

Mes Grands-Parents, mes parents et moi, 1936

En 1923, Alejandro Gomez Arias et Frida deviennent amants. Ils passent des heures à la bibliothèque ibéro-américaine, à ingurgiter Gogol, Tolstoï, Spengler, Hegel, Kant et autres grands esprit européens. Elle demeure toute sa vie une communiste engagée. Elle va jusqu’à modifier sa date de naissance 1907 par 1910, date du début de la Révolution mexicaine, en gage d’affirmation de son engagement envers les idéaux révolutionnaires. Frida est une élève brillante, elle ambitionne de devenir médecin mais son corps ne suit pas son vif esprit.

portrait-of-alejandro-gómez-arias-1928

Portrait d’Alejandro Gomez Arias, 1928

A l’âge de six ans, elle est atteinte d’une poliomyélite qui atrophie sa jambe droite, la laissant avec une jambe plus courte. On la traite alors de pata de palo ou jambe de bois. Dès son plus jeune âge, Frida connaît la douleur. Mais cette première maladie n’est rien à côté de ce qu’il attend quelques années plus tard : un terrible accident de circulation. Un tram percute l’autobus où elle se trouve. La rambarde d’acier transperce son bassin et émerge de son vagin. Elle ne s’en remettra jamais. A la souffrance physique s’ajoute la souffrance morale. Frida est une amoureuse passionnée mais la plupart de ces relations sont chaotiques. La plus illustre, la plus belle mais aussi la plus douloureuse, d’entre-elle est celle que tout le monde connait : sa relation houleuse avec Diego Rivera. Ce coureur de jupon finira par l’achever. Elle a eu pendant son mariage avec ce dernier de nombreux amants et maîtresses également ; parmi eux Léon Trotstki  et Nick Muray.

frida l'accident

L’accident, 1926

Cette souffrance Frida Kahlo la met au service de son art. C’est son père qui lui fournit sa première boîte d’aquarelles et de pinceaux lorsqu’elle est étudiante. Elle commence alors à reproduire des gravures et des dessins connus d’autres artistes. Après l’accident la peinture devient son unique consolation. Elle commence à peindre des portraits et autoportraits. Sa première reconnaissance artistique se fait à travers le regard de Rivera alors célèbre peintre muraliste. En 1938, elle expose à New York. Elle fait immédiatement sensation. Sa carrière est en plein essor. C’est la consécration lorsque André Breton lui propose, à son tour, d’exposer à Paris. Lorsque Breton voit Ce que l’Eau m’a donné, et Quatre Habitants de Mexico, la place de Frida, au sein des surréalistes, est assurée pour lui :

« Cet art contient même cette goutte de cruauté et d’humour, seule capable de réunir les pouvoirs rares de ce philtre qui est le secret du Mexique »

Frida jouit alors d’une très grande proximité avec les surréalistes, étant admise parmi eux. Mais elle a finalement peu de sympathie pour eux : « Ils s’assoient des heures dans les cafés à réchauffer leurs précieux derrières, et parlent sans arrêt de culture d’art de révolution et ainsi de suite et patin et couffin, ils se prennent pour les dieux du monde, ils rêvent les idioties les plus fantastiques et empoisonnent l’air de théories et de théories qui ne réalisent jamais ». Frida demeura un esprit libre et indépendante toute sa vie.

Ce que l'Eau m'a donné, 1938

Ce que l’Eau m’a donné, 1938

Le personnage de Frida Kahlo m’a toujours fasciné. J’admire sa force, son courage, son intelligence et, cela étonnera peut-être certains, sa beauté. Ses œuvres m’intriguent, m’interpellent. La question éternelle à savoir si l’on apprécie les œuvres pour ce qu’elles sont ou pour leurs signatures ne se posent pas ici. En effet, ses tableaux « constituaient un journal intime visuel, une manifestation de son dialogue intérieur qui était, bien trop souvent, un cri de douleur ». Artiste et Art se confondent ici.

Autoportrait dédié à Léon Trostki, 1937

Autoportrait dédié à Léon Trostki, 1937

Ce Larousse est un beau livre fort bien fait pour qui veut cerner ce personnage tumultueux. Il compile ses chefs d’œuvres. C’est un vrai plaisir de pouvoir les avoir sous la main et les contempler à sa guise.  Mais comme dans tout Larousse bien fait, l’auteur se « contente » (la tâche n’est pas aisée ne vous méprenez pas) de retracer la vie de l’artiste de manière plus ou moins objective. Son récit est dénué de toutes émotions contrairement peut être au récit de Gérard de Cortanze dont nous a parlé récemment Moka. Une future lecture certainement. Je vais d’abord me plonger dans les écrits de Frida Kahlo.

exe_Frida_Khalo-crg:exe

Ce beau livre est un cadeau de l’adorable Neph (merci ! ) avec qui nous avons la chance d’aller, le week-end prochain, voir l’exposition dédiée à Frida Kahlo et Diego Rivera, à l’Orangerie. N’ayez crainte vous en entendrez parler par ici !

Et s’il fallait mettre une note :

Le petit livre des couleurs

Michel Pastoureau, Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs. Points, 2007

blog2

« On fait dire n’importe quoi aux couleurs. Lisez les textes qui leur sont consacrés dans les manuels pour graphistes et publicitaires, on mélange tout, les époques, les continents, les sociétés… Pis encore : on les utilise dans des tests qui prétendent dresser notre profil psychologique, si vous choisissez le rouge, vous voilà catalogué excité ! C’est d’une naïveté affligeante. »

Michel Pastoureau s’applique, alors, à replacer dans un contexte historique précis (mais évolutif), ce qu’il considère comme les six couleurs officielles : le bleu « favori de nos contemporains », l’orgueilleux rouge, le blanc virginal, le jaune complexé, le vert roublard et le somptueux noir… Sans oublier ce qu’il nomme les demi-couleurs : violet, rose, orange marron et gris.

Voici, en somme, un livre haut en couleurs !

Et s’il fallait mettre une note :

Comment réussir à échouer ?

Paul Watzlawick, Comment réussir à échouer : trouver l’ultrasolution. Seuil, 1991

Ultrasolutions ? « Ce sont des solutions qui se débarrassent non seulement du problème, mais de tout le reste – un peu comparable à cette vieille plaisanterie de carabins : opération réussie, patient décédé -. »

blog1

Belle démonstration de la dynamique de l’échec : l’obsession de l’échec mène inévitablement à l’échec. Paul Watzlawick le démontre avec humour à travers diverses situations (vie conjugale, politique, internationale…) en faisant appel à de grands dramaturges, historiens, philosophes… S’il fallait retenir une citation de l’un d’entre-eux… :

« Si nous sommes contraints à chaque heure, de regarder ou d’écouter d’horribles événements, ce flux constant d’impressions affreuses privera même le plus délicat d’entre nous de tout respect pour l’humanité. »En 80 avant J. C., Cicéron visionnaire, nous avertit contre l’effet pervers des médias.

Et s’il fallait mettre une note :