Irena

Morvan, Evrard, Tréfouël, Walter, Irena (tome 1 & 2), Glenat, 2016.

Dans le sombre ghetto  de Varsovie une lueur d’espoir demeure et résiste. Cette lumière au visage angélique se prénomme Irena. Elle se bat pour obtenir des fonds afin d’améliorer l’horrible quotidien de ces juifs déportés. Mais les vêtements, la nourriture, les soins ne suffisent plus. Irena veut faire plus : il faut sauver les enfants ! Elle va alors, au péril de sa vie, organiser tout un réseau dans l’ombre afin de les libérer… au prix de sa propre liberté…

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Cette résistante au grand cœur a réellement existé. L’histoire d’Irena Sendlerowa a littéralement passionné les auteurs. Elle a été membre du centre citoyen d’aide sociale pendant la seconde guerre mondiale. Engagée dans la résistance, elle sauva 2500 enfants de l’enfer du ghetto de Varsovie. Sans vraiment s’attacher strictement aux sources historiques, parfois contradictoires, les auteurs ont souhaité traduire l’esprit du combat de cette femme extraordinaire à travers un récit romancé et illustré. Je vous avoue que je découvre, avec ces deux BD, ce personnage hors norme. Mais je peux vous assurer que ces tomes lui rendent un bel hommage.

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Malgré le contexte effroyable dans lequel évolue les personnages, la BD ne fait pas dans le pathos. Les traits tout en rondeur apporte une réelle douceur. L’aquarelle et les couleurs un peu pastel sont lumineuses à l’image de la protagoniste. Le scénario tantôt factuel tantôt anecdotique est juste et touchant. Il révèle ainsi, encore plus, le courage incroyable des protagonistes et traduit bien l’esprit des résistants : « quitte à mourir autant le faire en faisant du bien ».

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Irena est en somme une très belle série, un outil-témoin de « l’histoire d’une femme ordinaire qui réalisa quelque chose d’extraordinaire, dans des circonstances insensées, pendant une période effroyable ». 

Le tome 3 devrait paraître courant 2018, en attendant, je vous conseille vivement la lecture de ces deux tomes.

Et s’il fallait mettre une note : 

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Ce n’est pas toi que j’attendais

Fabien Toulmé, Ce n’est pas toi que j’attendais, Editions Delcourt, 2014.

Après quelques années au Brésil, Fabien et Patricia rentrent en France. Ils ont une fille, Louise, et attendent la deuxième. RAS. La grossesse se passent bien, les examens médicaux l’attestent. Malgré tout, une angoisse tourmente Fabien : LA TRISOMIE.

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Cette angoisse ne le quitte pas jusqu’à l’accouchement. Elle s’intensifie même lorsqu’il découvre le visage de sa fille. Elle est… disons… différente. Ce n’est vraiment pas elle qu’il attendait. Les infirmières le rassurent encore et toujours. Mais les doutes de Fabien persistent. A raison. Le diagnostic tombe quelques jours plus tard. Julia est trisomique. C’est alors un flot un torrent de larmes qui ne cessent de couler. Fabien le vit mal. Très mal. Il vit d’ailleurs mal de le vivre mal. Bref grosse déprime.

 

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Malgré la colère, la tristesse, la peur… Patricia et Fabien doivent faire face à la différence de leur fille, aux regards des autres. Il rentrent de plein pied dans le monde de l’handicap avec son lot de rendez-vous médicaux et autres suivis longs et laborieux. Le premier rendez-vous médical est des plus réconfortants « Les enfants trisomiques sont exceptionnels. Ils sont pleins d’amour, de joie de vivre… en général les papas deviennent gagas avec ces petites filles ». Ça n’a pas loupé la famille entière tombe sous le charme de Julia, ce bébé-chou plein d’amour.

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Cette BD autobiographique nous livre alors le long chemin d’acceptation qui a mené l’auteur à sa fille : du rejet total jusqu’à l’amour inconditionnel d’un père pour sa fille. L’histoire est évidemment touchante. Mais je suis complètement passée à coté. J’irai même jusqu’à vous avouer qu’en ce moment même je peine à écrire ce billet tellement je n’ai rien à dire sur cette BD. J’ai un peu honte car le sujet est grave, l’histoire est vraie. Mais non rien. Enfin si j’ai bien senti, ressenti même partagé la tristesse des parents si bien que ça m’a plombé le moral jusqu’au dénouement pourtant heureux. Objectivement je pense que c’est une belle BD, subjectivement ça a été un peu douloureux.

Et s’il fallait mettre une note : ★★☆☆☆

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Entre chiens et loups

Ian Edginton & John Aggs, Entre chiens et loups, Milan, 2016.

Perséphone et Callum se connaissent depuis l’enfance. Ils sont inséparables. Mais voilà qu’un jour la mère de Callum qui travaillait jusqu’alors comme femme de ménage pour la famille de Perséphone est gentiement et injustement remerciée. Les inséparables sont désormais contraints de se voir secrètement. Ils ont grandit. Leur amitié s’est transformée en amour. Mais l’amour est impossible. Perséphone est une Prima, son père est un ministre influent à la peau noire qui comme ses semblables, contrôlent le pays. Callum, lui, est blanc. Il appartient aux Nihils : les « riens », « les néants », une partie de la population opprimée et discriminée. Vous l’aurez deviné… Perséphone et Callum feront fi de cette haine raciale pour s’aimer.

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Les choses se compliquent plus encore lorsque Callum s’engage auprès de son frère dans un groupe militant considéré comme terroriste afin de mettre fin à la domination de la « race noire » sur la « race blanche ». Cet engagement crée incontestablement une distance entre les amoureux. Mais l’amour est plus fort. Il se retrouve dans des conditions dramatiques pour un dénouement des plus tragiques. Les rouages du racisme.

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Cette BD est une adaptation du best seller éponyme de Malorie Blackman. Le message de l’auteure est simple et aisé à saisir : et si la ségrégation avait été inversée ? A travers la démonstration de ce monde binaire des Noirs contre les Blancs (inversé ici mais qui a néanmoins existé… qui existe toujours ?) l’auteure met l’accent sur l’absurdité du racisme et ses conséquences néfastes. Ça a été eux, ça aurait pu être nous ou vous… les noirs/les blancs, les croyants/ les non-croyants/ les mauvais croyants, les femmes/les hommes…

 

 

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A travers les âges, il y a toujours eu un groupe pour asseoir sa domination sur un autre en prenant comme prétexte un trait socio-culturel, ethnique, religieux… qui par sa différence doit créer naturellement la prédominance. Or il n’y a rien de naturel ici. L’auteure le démontre : la soit-disant Nature aurait pu en décider autrement. Ça ne tient à rien. Le procédé peut sembler facile et simplet du genre récréation d’école : « t’es pas gentil, t’aimerai bien hein que l’on te fasse la même chose à toi ? » Mais il fonctionne. On s’accroche à  ces ados. On se questionne. On se raisonne.

En effet, le message est transmis simplement tant par le scénario que pas les illustrations (traits fins, très épurés et en noir et blanc)  mais il peut cependant choquer, heurter un imaginaire collectif établi. Cette BD jeunesse a été un petit coup de cœur pour moi. Très bien ficelée. Je vous la conseille vivement et incite tous mes collègues CDIistes à se la procurer !

Et s’il fallait mettre une note : 

 

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La différence invisible

Dachez Julie & Mademoiselle Caroline, La différence invisible, Delcourt/Mirages, 2016

Marguerite a 27 ans, elle travaille, elle vit en couple… Plutôt mignonne, intelligente… Bref a priori signe particulier néant. Mais en société les choses se gâtent. Marguerite ne supporte pas le bruit, les conversations vides de sens et d’intérêt. Franche et hypersensible, elle ne comprend ni humour ni second degré. Son quotidien s’apparente à une lutte perpétuelle, une quête acharnée de ce qui est admis par tous comme étant le NORMAL.

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Marguerite est fatiguée de faire semblant. Marguerite est fatiguée d’essuyer les reproches de ses proches. Réglée comme du papier à musique, elle ne trouve refuge que dans le confort routinier ainsi que dans son cocoon, entourée de ses animaux fidèles et tolérants (eux). N’allez surtout pas lui faire une surprise ou la mettre face à un imprévu tel qu’il soit. Crise d’angoisse assurée. C’est d’ailleurs à l’issue de l’une de ses crises que le déclic se fait. Marguerite décide de changer la direction de sa quête : laisser tomber la « normalité » et se concentrer sur sa propre identité même si celle-ci est décalée. La sentence tombe : Marguerite est autiste asperger.

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Ce qui aurait pu être vécu comme un drame, un handicap insurmontable, par d’autres est une véritable délivrance pour Marguerite. Elle sait. Elle sait désormais qui elle est et pourquoi elle l’est. Elle décide alors de s’écouter, de faire avec ses troubles et angoisses et surtout de faire le tri dans ses « amis ». C’est ainsi qu’elle rencontre, Julie, libraire et illustratrice de talent à ses heures perdues. De cette rencontre naît la différence invisible. Une BD qui nous livre et délivre donc le quotidien de Marguerite alias Mademoiselle Carole, autiste asperger.

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Cette belle rencontre ne pouvait donner lieu qu’à une très belle BD touchante qui nous bouscule dans nos préjugés. En plus du quotidien de Marguerite, vous trouverez toute une partie documentée sur les différentes formes d’autismes : causes, conséquences, particularités.. Très intéressant, un vrai remède contre l’ignorance, un appel à la tolérance et à l’acceptation de la différence. Après tout qu’est ce être normal ?

Et s’il fallait mettre une note★★★★☆

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Panthère

Brecht Evens, Panthère, Actes Sud BD, 2014

Christine vient de perdre son chat Patchouli. Élevée par son père après le départ subit de sa mère, la petite fille, se sent seule et triste. C’est là qu’apparaît Octave Abracadolphus Pantherius, prince héritier de Panthésia, le pays des panthères ! Le passage dans ce monde animalier merveilleux se fait via le tiroir de la commode de Christine. Panthère apparaît alors chaque soir dans sa chambre. D’abord effrayée Christine est très vite fascinée. Un jeu de séduction commence entre la petite fille et le félin.

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Panthère est polymorphe, elle change de forme, de couleurs pour se fondre dans un décor qu’elle crée, qu’elle imagine pour satisfaire, pour distraire cette petite fille en deuil. Le félin adapte ses histoires au désir et rêves de sa proie. Comme Christine on se laisse séduire par l’animal à l’aura exceptionnel. Panthère séduit tant par sa beauté rare, envoûtante que par ses talents d’oratrice, de conteuse. Elle se veut rassurante, protectrice. Chaque soir Christine s’endort dans ses bras doux et réconfortants. Mais très vite Panthère en demande plus, en demande trop. Elle devient manipulatrice, possessive. Un malaise s’installe.

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Arrive l’anniversaire de Christine. Surprise ! Panthère lui a préparé une BOUM en invitant ses amis de Panthésia : un singe, un coq, une girafe… Des animaux aux visages disgracieux, au comportement qui semble malveillant. Et là on a l’impression que tout bascule.

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Trou noir. Censure ? Christine se réveille nauséeuse après quelques bulles sombres, sans mots, ni sons. Et là en tant que lecteur on se sent quasi aussi mal que la petite fille en imaginant ce qu’il a pu se passer… J’ose à peine le pianoter du bout des  doigts mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une agression sexuelle. L’auteur dénonce à sa façon la pédophilie ? Panthère s’apparente désormais au grand méchant loup des contes enfantins instrumentalisé pour représenter le danger.

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Je ne sais pas. Je vais peut-être un peu loin en sur-interprétant les intentions de l’auteur. Mais une chose est sûre, il ne faut pas se fier aux apparences : cette BD ne relève pas de la littérature jeunesse.

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Par ailleurs, il faut le souligner les illustrations sont magnifiques. Des aquarelles très colorées posent un décor psychédélique et onirique (parfois cauchemardesque). L’auteur belge qui a déjà fait ses preuves par ailleurs est vraiment doué. A travers ses dessins hauts en couleurs, admirablement bien détaillés,  il parvient à poser le décor d’un monde complexe où s’entremêle les rêves, l’innocence, les peurs enfantines et les dangers du monde extérieur.

Je n’ai jamais été aussi malaise en refermant une BD mais Panthère est assurément une BD à lire.

Et s’il fallait mettre une note : 
bd_de_la_semaine_pti_black                                                                                            avec Noukette ! 

Bulles & blues

Charlotte Bousquet, Stéphanie Rubini, Bulles & blues, Gulf stream éditeur, 2015

Journal intime et révolté, Bulles & blues, relate les maux de l’adolescence. Chloé dessine ses coups de mou, ses coups de blues : l’absence d’un père, l’éloignement d’un demi-frère auparavant proche, des difficultés scolaires, une relation mère-fille compliquée… S’ajoute à cela sa colère face à l’indifférence et la passivité collective vis-à-vis de l’harcèlement que subit Léa, sa camarade de classe. Bref, pas la JOIE quoi. Elle transforme alors son blue en bulles pour l’extérioriser, pour l’exprimer.

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Sous des traits un peu naïfs, très colorés et presque girly les auteurs abordent, ici, de vraies questions de fond qui touchent et tourmentent l’adolescence et plus largement l’école. L’harcèlement à l’école, les ados en souffrance, le décrochage scolaire sont autant d’enjeux qui ont été maintes fois traités par les médias et auxquels on trouve peu de solutions efficaces sur le terrain.

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Le choix narratif est ici intéressant. Ces questions complexes sont vues par le regard candide d’une jeune élève isolée et démunie. La simplicité du récit rend le témoignage plus touchant encore.

Cette BD est la troisième du projet des auteurs « une photo de classe en bande-dessinée ». Je vous avais parlé d’ailleurs du premier Rouge Tagada. Je vous parlerai surement bientôt de Mots rumeurs, mots cutter. Cette série de BD  est d’une efficacité exemplaire. Sur un ton a priori léger, on pointe, on bulle les difficultés inhérentes à  cette période complexe qu’est l’adolescence.

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J’avais conseillé à l’époque à tous les CDI d’intégrer Rouge Tagada sur leurs étagères. Je réitère aujourd’hui avec Bulles & blues.

Cette BD signe mon retour par ici après une longue absence. Je reviens un peu, beaucoup, passionnément… L’avenir nous le dira. Mais pour l’heure, à l’instar de Moka, je participe à la BD de la semaine !

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Et s’il fallait mettre une note : 

Forever bitch

Diglee, Forever bitch, Éditions Delcourt, 2013.

Forever bitch c’est trois jeunes femmes qui s’essayent à l’Amour. Elles tombent amoureuse, tombent tout court, se font mal, se relèvent, apprennent de leurs erreurs en nous partageant leur franche vision des choses, sans filtre, comme ça vient : « Sortir avec son ex, c’est comme ravaler son vomi : c’est toujours acide. » Vous voilà prévenus.

DIGLEEA la veille de ses trente ans, Louise fait le bilan. Maud, son coup de foudre amical, vient de se faire larguer. Elle est au plus mal. Pour oublier elle multiplie les aventures sans lendemain. Il faut la consoler. Audrey, sa « BBF (Best Friend Foverer) » est sur un petit nuage. Elle pense avoir trouvé l’homme de sa vie avec qui elle achètera une grande maison dans laquelle ils feront des bébés… Mais cela était sans compter sur les belles surprises que nous réservent la vie. Louise, quant à elle, file le parfait amour avec Fred. Lorsque ce dernier commence à parler mariage, Louise flippe grave.

présentationL’amour est un sujet qui passionne Diglee. Elle se lance alors dans des recherches, des observations (elle ira même jusqu’à se créer un compte sur adopteunmec.com, c’est dire ! )… qui seront le fruit de son inspiration. Elle l’explique ici dans un billet sur l’amour. Un billet drôle et touchant. Un billet qui m’a donné envie de découvrir son travail et en particulier cette BD.

Je m’attendais alors à une BD pleine d’émotions, d’humour, de fraicheur, qui dépeint les difficultés de trouver l’amour dans notre société moderne. L’humour est bien au rendez-vous. Diglee parvient à nous faire sourire même rire parfois. Le graphisme très girly, en adéquation avec la thématique, apporte une certaine fraîcheur et un certain dynamisme mais réduit considérablement le lectorat : si vous n’êtes pas une jeune  trentenaire, passez votre tour.  Par contre je trouve que la cruauté –  tant dans les propos que dans le graphisme – prend le dessus sur l’émotion ce qui rend la BD on ne peut plus caricaturale. Dommage.

Par ailleurs, je vous invite vivement à découvrir le très bon blog de cette auteure dont les billets plein d’humour sonnent juste à chaque fois.

Marion l’a lu aussi.

Et s’il fallait mettre une note : ☆☆

11,5/20

11,5/20

Mauvais genre

Chloé Cruchaudet, Mauvais genre, Delcourt, 2013

Un soir au bal, Louise et Paul se rencontrent. Ils tombent amoureux. Ils se marient. Mais aussitôt Paul est appelé à honorer son devoir de citoyen. A l’issue de son service militaire, il se languit de retrouver la femme de sa vie. Mais Guerre éclate et vole la vedette à Amour. Paul devient caporal… et très vite, il a mal. L’horreur des tranchées est insupportable. Pour y échapper, il se mutile puis déserte. Il faut se cacher pour ne pas se faire arrêter. Paul reste isolé dans une chambre d’hôtel, pour ne pas déprimer il doit mettre fin à sa clandestinité. Il devient alors Suzanne par commodité d’abord, puis de plus en plus, au cours de ces dix années, par affinité. Mauvais genre est l’histoire vraie et tragique du destin hors norme d’un couple qu’il était tout autant…

La BD, même romancée, met bien l’accent sur l’atrocité de la guerre et le traumatisme qu’elle a engendré.

« C’est dégueulasse, la mort, ceux qui disent le contraire… sont des foutus menteurs ».

1Aussi via les personnages secondaires, on arrive bien à saisir les représentations mentales de l’Opinion et constater ainsi les effets du conditionnement psychologique. Il faut coûte que coûte servir la mère Patrie : un déserteur est forcément un traite, un réformé est forcément un lâche… Même la guerre une fois terminée.

2Mauvais genre lève également le voile sur les dessous de ce Paris des années folles, une période qui est à mon sens significative d’une population frustrée, trop longtemps résignée et qui  laisse libérée enfin ses fantasmes cachés. L’auteure nous décrit, ici, de manière inédite le Bois de Boulogne, sans faire l’étalage de la prostitution, elle parle de ce lieu comme étant un quasi monde parallèle où les identités sont échangées et la sexualité libérée. En somme, un lieu ludique plus que glauque.

4Au fin fond de ce bois se confondent les genres, se libèrent les mœurs mais se joue également la déchéance d’un couple complexe qui se veut libéré mais qui est en fait déchiré par la violence d’un mari jaloux et alcoolique.

Les histoires d’amour finissent mal en général… et en particulier ici.

3Mauvais genre est une très belle BD tant par sa forme que par son fond. Le jeux de couleur est très intéressant esthétiquement et symboliquement. Les touches de rouges sur un fond en noir et blanc permettent à l’auteure de mettre en lumière des éléments essentiels. Le fond quant à lui met en lumière une période noire…

Et s’il fallait mettre une note :

topbd_20131Moka, Marion, Noukette, Jérôme, Mo, Lunch, et Yvan l’ont lu aussi !

DJANGO UNCHAINED

Quentin Tarantino, R.M. Guéra, Jason Latour, DJANGO UNCHAINED, Urban Comics, 2014.

Dr King Schultz est un personnage hors du commun. Un dentiste qui se reconverti en chasseur de prime vous en conviendrez n’est pas banal. Son chemin croise celui de Django, esclave du Sud des États-Unis et ancienne propriété des frères Brittle. Voilà une information qui ravi notre ancien dentiste excentrique. Il en fait l’acquisition. Il traversent alors un bout de chemin ensemble bravant les mœurs de l’époque. Schultz fait de Django son associé. Il est désormais un homme libre. Son premier projet en tant qu’homme libre est de délivrer Broumilda, son épouse. Pour ce faire un plan est finement échafaudé. Mais rien (évidemment) ne se déroulera comme prévu…

[Attention : boucherie inside]

 

Django unchained est un film du génialissime Tarantino sorti en décembre 2012.

 

 

De ce film nait une BD.

L’intrigue de la BD reste fidèle à l’œuvre originale. L’avant-propos est d’ailleurs signé par Tarantino, lui même :

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« J’adore les comics, et notamment les comics western. En grandissant, j’ai lu les aventures de Kid Colt Outlaw, Tamahawk, The Rawhide, Bat Lash et surtout Yang [..] C’est donc empreint de ce genre de lectures que je vous présente DJANGO UNCHAINED. DJANGO UNCHAINED est un long western épique. Quand j’écris un script aussi foisonnant que celui-ci ou celui de KILL BILL, certains passages – vraiment trop long – n’apparaissent pas dans le film. si mes scripts n’étaient pas coupés, mes films dureraient quatre heures ! Il me faut donc toujours les modifier pour les adapter aux exigences du cinéma. Ce qui est vraiment cool dans la version comik book de DJANGO UNCHAINED, c’est qu’elle reprend le script dans son intégralité. Alors, si certains chapitres ont dû disparaître dans le film, vous les retrouverez tous ici. Ce comic book reflète littéralement la toute première version de mon script. J’espère que vous apprécierez l’effort ».

Oui beaucoup. Le graphisme est de grande qualité. L’intrigue, même plus long, reste intense et dynamique.

J’avais trouvé le film excellent avec des jeux acteurs exceptionnels (en particulier, pour moi, celui Christoph Waltz). Mais la BD semble plus réaliste. Les effluves de sang – signature du réalisateur – sont légèrement exagérées pour être empreints de réalisme. Aussi la BO rap complètement anachronique fait presque sourire. Pour finir cette comparaison, je dirai que dans la BD la violence est moins prégnante, ce qui m’a permis d’en faire l’acquisition pour le CDI.

Cela dit même si les musiques du films sont anachroniques, elles restent un régal à écouter. Faites-vous plaisir :

 

Et s’il fallait mettre une note :

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Le combat ordinaire : T4

Manu Larcenet, Le combat ordinaire : planter des clous. Dargaud, 2007

« C’est l’histoire d’un chantier qui ferme, d’une petite fille amoureuse, d’un soir d’élections et d’une nuit dehors… » On retrouve Marco deux ans plus tard, jeune père de famille et journaliste-reporter pour le journal local, engagé dans un combat social.

La paternité a longtemps fait très peur à Marco. Il prenait la fuite dès que son amie Émilie évoquait l’idée. Jusqu’au jour où il n’a pas eu le choix. Mais finalement… sa « fille est formidable. Elle et moi avons eu plus ou moins deux ans de tendre méfiance mutuelle jusqu’à ce qu’elle commence à parler, brusquement. J’ai alors découvert l’étendue vertigineuse de sa soif d’information et sa volonté obstinée à s’adapter. Si je devais intégrer autant de découvertes révolutionnaires en si peu de temps, je deviendrais fou. Car le monde n’a rien de logique ! Il est truffé de subtilités, de pièges, de fausses pistes, si bien qu’il faut être tenace et en veille permanente pour en suivre le flot. Dans son sillage, ma fille me contraint à tout repenser sous les angles forcément différents. Forte de sa minuscule vie, elle m’éduque ». Nul doute, Marco est conquis. Sa fille, Maud, a eu raison de ses angoisses.

L’intrigue se déroule, en 2007,  en pleine campagne électorale. Ce contexte de peut-être renouveau politique coïncide avec un contexte d’agitation sociale. Marco reçoit un appel de Pablo, un ouvrier de l’atelier 22 où travaillent des hommes – comme feu son père – qui ne savent rien faire d’autres que planter des clous. L’usine va fermer. Les ouvriers ont besoin d’un coup de pousse médiatique. Marco doit couvrir l’événement. Mais la rédaction refuse « le sujet […] n’est pas prioritaire ». Le rédacteur en chef poursuit « vous croyez que parce que mes lecteurs seront informés et éventuellement émus, le sort de ces gens changera ? […] Vous imaginez des hordes de citoyens se lever pour apporter un soutien populaire massif aux plus menacés d’entre eux ? Le grand soir ? Au risque de rater la nouvelle star ? Soyons sérieux ! »

Marco est indigné. « Le pur désespoir pose des questions tellement essentielles qu’il ne peut s’accommoder d’idéologie… L’escroquerie idéologique, c’est de convaincre qu’il existe une vérité. Le réel n’importe plus alors que dans la mesure où il peut se plier pour s’y conformer. Pourtant, la rue ou les métastases, par exemple sont abyssalement indifférentes au CAC 40 ou à la ligne du parti… On m’objectera sans doute qu’elles ce sont tout autant à la poésie, et on aura tort. Délestée de toute logique, la poésie est la seule manière libre de remarquer ce qui est précieux […] La poésie rachète tout. » Face à la résignation des uns et à l’indifférence des autres Marco n’en finit pas de bouillonner de colère. On comprend bien, alors, la citation d’ouverture de Magyd Cherfi (Zebda) : « Je suis fracas quand la foule est tranquille ». Je ne résiste pas d’ailleurs à vous passer la chanson dans son intégralité. Elle se marie tellement bien avec cette excellente BD !

C’est ainsi que s’achève ma lecture de cette magnifique série. Le combat ordinaire de Marco, je l’ai déjà dis et je le répète est une vraie leçon de vie.

Et s’il fallait mettre une note :

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