Momo

Rony Hotin, Garnier Jonathan, Momo, Casterman, 2017

Momo a six ans. Elle vit avec sa grand-mère en attendant le retour de son père parti en mer. Débordante d’énergie, la fillette au caractère bien trempé met à rude épreuve la patience de sa grand-mère.

Momo - Tome 1

Momo ne manque pas d’imagination lorsqu’il s’agit de partir à l’aventure dans le village. Elle ne recule devant rien. Toujours prête à faire de nouvelles rencontres, elle n’hésite pas à se chamailler avec un groupe de garçons pour se faire entendre du haut de ses six petites années. Bref un été bien rempli de quoi épuiser mamie.

« Hey le bon dieu ! Dis à mon papa qu’il faut qu’il rentre vite ! Et dis-lui que je lui fais des gros bécots ! Et mamy aussi, elle lui fait des bécots ! … Même si elle pique un peu… »

Les auteurs nous replongent dans nos souvenirs de l’enfance avec brio tant par les mots que par un graphisme tout en rondeur (très proche du trait des mangakas) avec de belles couleurs vives qui éveillent et émerveillent. On tourne les pages avec la nostalgie de nos petites bêtises, de nos excursions hors de la maison qui nous semblaient être alors de grandes aventures périlleuses… Des chagrins, des joies…  Bref un émerveillement continu que vient parfois contrarié la vraie vie du monde adulte.

Emportée par le parfum de l’enfance, j’ai été surprise par la scène de fin inattendue pour moi… Brutale. Je dois l’avouer, une larmichette a failli rouler sur mon visage soudain attristé. Je ne m’attendais pas à être autant retournée par une BD jeunesse. Très hâte de retrouver Momo dans le tome 2.

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Momo (Tome 1)

 

 

 

 

 

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Chez Noukette

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L’esprit de Lewis

Santini, L’esprit de Lewis – Acte 1, Métamorphose, 2017

Angleterre, 30 novembre 1898. Le ciel est gris. Le cœur de Lewis est lourd. C’est le jour des funérailles de sa mère. Inconsolable, sous le choc, le jeune homme retrouve ses sœurs devant le notaire : sa mère lui a légué un héritage colossal en échange il devra prendre soin de ses sœurs. Mais tout ce qui intéresse Lewis est le manoir de son enfance à Childwickbury. Persuadé que le spleen et la solitude  l’aideront à accomplir son rêve : écrire son premier roman.

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Mais le chagrin est insurmontable. Il peine à trouver l’inspiration. Il désespère. Puis très vite, il doit faire face à des phénomènes étranges. Fatigue ? Hallucination ?

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Une nuit l’étrange donne son nom  : Sarah, une lady vaporeuse et amnésique. Notre dandy se révèle être dans cette situation un personnage atypique qui détone complètement dans cette Angleterre victorienne. Loin de s’inquiéter de cette apparition, Lewis apprivoise le fantôme jusqu’à en tomber amoureux. Sarah lui offre la preuve de son amour en lui transmettant le don de l’écriture. Une frénésie s’empare de notre gentleman. Son premier roman est bouclé en l’espace de quelques jours. Les retombées ne tardent pas…

Très peu friande du fantastique habituellement, je suis tombée sur cette BD lors d’une recherche  bibliographique dans le cadre d’un projet littéraire avec une classe de 4e autour de la figure du fantastique. Me rappelant l’avoir vu ici et là sur la blogosphère, notamment chez Noukette, je l’ai ajouté à ma commande CDI. A la réception de cette BD, j’ai tout de suite été attirée par ce bel objet à la couverture magnifique. Mon émerveillement n’a cessé de croître au fil des pages. Nous sommes très loin ici du macabre. Le propos est élégant. Le trait est beau. L’atmosphère est envoûtante. Du gothico-romantique classieux digne des grandes œuvres littéraires. Bref vivement l’acte 2 !

Et s’il fallait mettre une note : ★★★★★

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Chez Moka

Emma G. Wildford

Zidrou & Edith, Emma G. Wildford, Editions Soleil, 2017

Emma vit séparer de l’amour de sa vie depuis quatorze longs mois. Roal, son fiancée, membre de la National Geographic Society,  a embarqué à bord du Kinship en direction de la Norvège. Depuis plus de nouvelles. Emma n’est pas du genre attentiste. Rompre ce silence devient sa quête quotidienne.

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Dans l’Angleterre conservatrice des années 1920, Emma ne passe pas inaperçue. Poétesse, elle pose  sur papier, avec délicatesse, ce que la morale réprouve. Elle ose crier son amour, clamer sa douleur devant l’assemblée masculine du National Geographic Society. Bref un caractère bien trempé comme on les aime par ici.

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Ne plus avoir de signe de vie de son ami, devient insupportable pour Emma. Elle décide alors de  prendre les devants : direction la Laponie… Sans ouvrir la lettre que son fiancée lui avait laissé sur le quai de la gare ; l’ouvrir c’était accepter sa perte. Elle révélait pourtant tant de secrets, tant de réponses aux questions restées longtemps en suspens…

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A travers sa quête Emma  nous fait voyager et découvrir des paysages, des décors magnifiques. Elle nous embarque, avec elle, dans un périple complètement fou. Une aventure exaltante à son image. Courageuse, Emma est un personnage très attachant. Communicative, on vit et ressent avec elle, chaque instant intensément. Fermer la BD et laisser Emma à son sort en était presque douloureux (et j’exagère à peine! ).

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Cette BD est un précieux bijou. Elle s’ouvre comme un écrin délicat et luxueux qui recèle des trésors. On ouvre, on découvre les secrets avec les personnages. Les auteurs nous implique au même titre que les protagonistes. On ne lit pas, on voyage littéralement.

Emma G. Wildford est un coup de cœur, un vrai, un beau, un grand.

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Chez Moka

 

Là où vont les fourmis

Plessix, Le Gall, Là où vont les fourmis, Casterman, 2016

Où vont les fourmis ? C’est la question que se pose Saïd à longueur de journée. Désespérée par sa quête vaine et surtout non lucrative sa mère missionne Hadj, le grand- père de Saïd, pour prendre ce petit rêveur en main. Ni une, ni deux Saïd devient gardien de chèvres.
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Terrorisée par la nuit noire, ce jeune berger désemparé trouve  réconfort auprès de Zakia une chèvre « savante » dotée de la parole. Une chèvre qui sera vite convoitée par un vilain marchant. Il faut prendre la fuite pour préserver cette prodigieuse chèvre des mains de cet ignoble et cruel personnage. Le chemin des fourmis devient le chemin salvateur à suivre. Elles permettront à Zakia et Said de déjouer les djinns et les sortilèges pour finalement trouver un sens à leur vie. Au bout du voyage se trouve la vérité. L’amour triomphera.

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Cette BD a a priori tout d’un conte enfantin : un graphisme tout en rondeur, des couleurs toute en douceur, des méchants, des gentils, des animaux qui parlent, des légendes, des sortilèges, des enchantements désenchantés… Bref les ingrédients parfaits pour faire rêver nos petits. Mais pas d’inquiétudes, il y a de quoi régaler les plus grands. Les auteurs font voyager les lecteurs à travers des paysages aux décors orientaux dignes des milles et une nuits, dépaysants à souhaits, les dialogues entre la chèvre savante et Saïd plein d’humour sont savoureux et enfin la quête initiatique de nos personnages fera certainement échos chez plus d’un d’entre nous… Un très beau moment de lecture pour tous donc.

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Et s’il fallait mettre une note : ★★★★★

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                                                                                   Chez Mo’

Paroles d’honneur

Leïla Slimani, Laetitia Coryn, Paroles d’honneur, Les arènes BD, 2017

Maroc. 2015. Much loved. Le scandale de la « jupe ». Le lynchage d’un homosexuel. La tenue de Jennifer Lopez à son concert. Dans le jardin de l’ogre. Bref une série de scandale liée à la sexualité secoue le pays.

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C’est dans ce contexte que Leïla Slimani, auteure franco-marocaine que l’on ne présente plus, expose à Rabat son livre dans le jardin de l’ogre : l’histoire d’une addiction maladive au sexe. A l’issue de cette présentation l’auteure fait la rencontre de Nour, une jeune marocaine qui lui dépeint sans tabou son intimité et les rapports complexes liés à la sexualité pour elle et la plupart des femmes de son entourage. Nour nous dévoile alors de nombreuses histoires personnelles et avec la condition sexuelle féminine déchirée entre le désir d’émancipation et la pression d’une société hypocrite où la hchouma fait loi.

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Nombreuses sont les lois qui placent la femme sous le joug de l’autorité masculine en la privant de libertés fondamentales. Les contraintes sont plus grandes encore lorsque l’on touche au tabou de la sexualité : « c’est l’absence totale de subtilité dès qu’il s’agit de penser la sexualité. Pour les hommes, il n’y a pas d’intermédiaire entre la femme vertueuse et la prostituée. Ils ont une vision très manichéenne des femmes. »

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Paroles d’honneur est une BD sociale, un acte politique même, un cri au secours des femmes marocaines essentiel. Leïla Slimani va à la rencontre d’hommes et de femmes , issus de divers milieux socio-culturels pour comprendre et retranscrire une vision de la question nuancée. Donner la parole aux hommes m’a semblé intelligent et nécessaire : tous ne sont pas des bourreaux archaïques. Donner la parole à une théologienne éclairée m’a semblé salvateur pour l’image d’une religion décriée et instrumentalisée : « l’interdiction de la mixité n’est qu’une interprétation sélective et machiste du Coran. Dans l’histoire, les mosquées, lieux de savoir et de débats étaient mixtes. Les femmes n’étaient pas exclues du sacré […] Dans la société la femme est « fitna », « tentation » […] Mais le Coran n’a jamais parlé de la femme de cette façon ! Pour lui, elle est d’abord un être humain libre… Doté de sens… D’intelligence… et de raison ». AMEN.

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En bref, Paroles d’honneur est une BD militante et intelligente à mettre entre toutes les mains. J’ai moins accroché avec le graphisme, peut-être trop happée et alertée par les bulles.

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                                                                                             Chez Noukette

Le loup en slip se les gèle méchamment

Lupano, Itoïz, Cauuet, Le loup en slip se les gèle méchamment, Dargaud, 2017

Winter is coming au grand désespoir du loup qui râle à qui veut l’entendre qui se les gèle! Mais il se gèle quoi ? La forêt entière est en émoi. Il faut vite découvrir ce qui met le loup dans cet état. Les habitants craignent que sa mauvaise humeur le rende à nouveau méchant et violent.

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Il a peut-être froid aux pieds ? Vite on lui coud des chaussettes ! Un petit lapin est chargé de les lui apporter. Mais plus de nouvelles du lapin et le loup grogne encore. Il a peut-être froid au oreilles ? Vite on lui coud un bonnet. Le petit marcassin chargé de le lui apporter, disparaît à son tour ! Panique à  bord. La brigade anti-loup est contacté.

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Surprise. Contrairement aux apparences, le loup aurait bon fond. Désabusé par ce monde où les riches s’enrichissent et les pauvres se les gèlent dehors dans le froid glacial, il a décidé d’agir et de venir en aide aux plus démunis. Gentil, altruiste et courageux , il prend à contre-pied l’archétype du loup des contes de notre enfance. Dans la lignée des vieux fourneaux, les auteurs déjouent et jouent avec les allégories pour nous livrer un conte social plein d’espoir en cette période de Noël. Les couleurs pastelles, le dessins tout en rondeur et les mots tout en candeur place cette BD en littérature jeunesse. Mais  cette dernière cache plusieurs niveaux lectures. C’est pourquoi, j’incite les plus grands à la découvrir si ce n’est déjà fait. Ils y trouveront incontestablement leur compte !

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                                                                                    Chez Moka

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L’oiseau de Colette

Isabelle Arsenault, L’oiseau de Colette, La Pastèque, 2017

Pauvre Colette, elle vient de déménager, loin de ses amis et sa maman lui refuse un animal pour lui tenir compagnie. Cette dernière incite plutôt sa fille à aller à la découverte de son nouveau quartier.

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Résignée et frustrée Colette met le nez dehors. Très vite elle rencontre Tom et Albert, deux petits curieux, intrigués : « Qu’est ce que tu fais ? » Ni une ni deux, Colette s’invente une quête : « je cherche mon animal de compagnie ». Un chat ? Un chien ? Non, une perruche bleue. Au gré des rencontres le mensonge s’intensifie. Un vrai récit fantastique. C’est grâce à sa perruche imaginaire que Colette se liera bientôt d’amitié avec  les enfants de son nouveau quartier. L’intégration est réussie.

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Colette est un album rafraîchissant qui célèbre l’enfance dans toute sa splendeur. L’enfant, ce petit être débordant d’imagination qui est capable de créer des liens amicaux en un temps record, en faisant fi des différences.

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Les aquarelles de cette BD sont très belles, douces et délicates. Elles traduisent parfaitement bien l’atmosphère tendre et enfantin de Colette. Puis confirment le style si particulier et désormais identifiable de l’auteure. Une lecture parfaite pour ces vacances de Noël.

Découvrez le travail de l’auteur ici.

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            Chez Mo’

Habibi

Craig Thompson, Habibi, Casterman, 2011.

Toute petite, Dodola est vendue à un scribe. Sa famille a besoin d’argent. Son mari la brusque d’abord puis se rend compte que celle-ci n’est encore qu’une enfant. Il choisit alors de la traiter comme telle et de l’éduquer. Il lui transmet son savoir : lecture, écriture, contes et légendes. Mais un soir ils sont attaqués par des voleurs qui tuent le mari devant les yeux de la jeune fille et kidnappent cette dernière. Elle réussit cependant à leur échapper et à trouver refuge sur l’épave d’un bateau.

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Dans sa fuite, elle a embarqué, pour le sauver, Zam  trois ans. Durant neuf ans, ils mettent en péril leur vie, pour aller trouver à boire et à manger, au-delà de cette épave apprivoisée. Dodola transmet à Zam tout ce qu’elle a appris. Elle lui raconte chaque soir une histoire mêlant contes orientaux et textes de la genèse du Coran. L’amour qu’ils ont l’un envers l’autre grandit en même temps qu’eux. Ils sont inséparables. Jusqu’au jour où Dodola est à nouveau kidnappée pour devenir la favorite dans le harem d’un monstrueux sultan. La séparation est une véritable déchirure. Une douleur ineffable.

 

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Nous vivons avec eux les années qui les séparent avec beaucoup de tristesse. L’un comme l’autre vont subir des drames d’une incroyable violence auxquels ils survivront dans le seul but de se retrouver un jour. Les retrouvailles approchent et ont lieu dans un contexte tragique. C’est au tour de Zam de sauver Dodola de la sentence irrévocable de l’immonde sultan. D’ailleurs, petite parenthèse, je n’ai jamais compris pourquoi les harems font tant rêver. Ok, je comprends le fantasme du lieu où l’on peut disposer à sa guise de beautés féminines peu vêtues. Mais ce lieu n’a absolument rien d’onirique. Les seuls hommes qui y ont accès sont les eunuques à qui ont arraché de force leur virilité. Sinon le Harem est interdit aux hommes (dérivé du mot hâram autrement dit illicite, pêché) seul le sultan règne et soumet les femmes selon son humeur.

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Ces années de séparation laisseront des traces indélébiles qui viendront entacher leur union nouvelle.

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Habibi est une BD d’une grande érudition où  se mêlent savoirs théologique et scientifique dans une atmosphère orientale envoûtante. Elle nourrit notre esprit et régale nos yeux. En effet cette BD est une véritable oeuvre d’art. Les calligraphies arabes sont époustouflantes  et le trait des dessins est d’une beauté rare. Tout simplement magnifique. J’ai dévoré ce pavé de 700 pages en un rien de temps. Habibi nous emballe, nous envoûte de la première jusqu’à la dernière page pour nous laisser à bout de souffle.

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 Chez Stephanie

L’Arabe du futur

Riad Sattouf, L’Arabe du futur : une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), Allary Éditions, 2014

Abdel Razak Sattouf, jeune étudiant syrien, rêve de devenir docteur. Mais la vue du sang lui est insupportable. Il se dirige alors vers des études d’Histoire. C’est Paris qu’il choisit pour se réaliser. Il y rencontre Clémentine : Riad naît en 1978, année de la soutenance de son père. Très déçu par le verdict du jury, il présente sa candidature ailleurs, pour se venger de la France. Il embarque toute sa petite famille en Libye où il a obtenu un poste de maître à Tripoli. Riad se souvient et raconte.

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Issu d’un milieu défavorisé, Abdel Razak Sattouf est obnubilé par son ascension sociale et avec lui celle du peuple arabe entier. Il élève son fils dans le culte des dictateurs arabes et du panarabisme. C’est par l’éducation que le peuple arabe se libérera de la tutelle occidentale et de l’ennemi juif. Le livre vert de Kadhafi devient son livre de chevet qu’il lit à haute voix aux membres de sa famille afin que tous s’en imprègnent.

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Après un bref passage en Bretagne, chez la grand-mère maternelle de Riad, la petite famille déménage en Syrie en 1984. Ils emménagent dans un petit village près de Homs, Ter Maaleh : le QG de la famille Sattouf. Maltraitée par ses cousins, notre petite tête blonde découvre avec ses parents la dureté de la vie rurale traditionnelle. Malgré tout le père de famille s’accroche et n’a qu’une idée en tête : faire de son fils un Arabe moderne et éduqué car l’Arabe du futur sera nécessairement éclairé !

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J’ai déjà clamé, ici, haut et fort mon admiration pour le talent de Riad Sattouf. Certes j’ai pris mon temps pour découvrir ses BD mais c’est pour mieux savourer l’ensemble de la série. Après la lecture de cette BD, je réitère mon cri de groupie ! Nous retrouvons ici tout comme dans les cahiers d’Ester, une image paternelle très forte quasi héroïque. Un pilier sur lequel repose la famille, littéralement adulé par son fils (mon papa à moi aussi c’est le plus fort !  ). C’est d’ailleurs touchant de voir comment adulte l’auteur arrive à renouer avec ses émotions enfant. Ses souvenirs sont avant tout sensoriels : le bruit, les odeurs, les couleurs…

L'Arabe du Futur  Page 77

L’Arabe du futur est, j’ai trouvé, une BD très didactique. Par un jeu de couleur, l’auteur nous guide dans ses divers déplacements. Le bleu représente la France, le jaune la Libye, le rose la Syrie. Impossible de s’y perdre. Aussi, il met à la portée de tous, un contexte politico-économique très complexe et lourd. Sa touche humoristique vient apporter un peu de légèreté à la rudesse du quotidien qu’il décrit. Intéressant, drôle et touchant, le tome 1, m’a convaincu. Je lirai les tomes suivants très prochainement.

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                                                                                        Chez Noukette

Portugal

Pedrosa, Portugal, Dupuis/Air libre, 2011

Simon Muchat est un auteur de BD en manque d’inspiration. Sa vie est morne, grise, vaine de sens. Il fait de son emploi d’animateur scolaire, son gagne pain, sans plus de conviction. Il végète. Claire, sa compagne, désespère et ne sait que faire pour le sortir de cette léthargie. Un voyage au Portugal apporte lumière et légèreté à son existence. Invité à un salon de la BD, Simon renoue avec les odeurs familières de son enfance.

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Ce retour au Portugal sort littéralement Simon du marasme dans lequel il s’est depuis trop longtemps conforté. Entre vague à l’âme et exaltation, il se réconcilie avec des souvenirs lointains, occultés et enfouis sous de lourds secrets de famille. Ce voyage introspectif a raison de son couple mais semble être salvateur pour son inspiration artistique. C’est avec un carnet à la main qu’il part à la rencontre des membres de sa famille, en quête d’une identité, sans doute à son sens morcelée.

 

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Cyril Pedrosa nous livre un récit intime et touchant d’un artiste en perte de vitesse et en quête d’existentialisme. L’auteur ne se contente pas de livrer au lecteur, il l’implique, l’emporte même dans ce voyage. Le jeu de coloration perturbe nos sens, nous désoriente et crée une confusion temporelle. Nous sommes aussi perdus que notre personnage. Cette introspection passe nécessairement par de la contemplation. Le trait fin et léger et les couleurs souvent chaudes révèlent et traduisent merveilleusement bien à la fois la situation physique et psychique dans laquelle se trouve Simon. L’atmosphère chaude et lumineuse du Sud se conjugue avec la nonchalance d’un Simon en quête de soi. Je n’adhère que rarement aux récits contemplatifs qui riment trop souvent pour moi avec ennui. Mais là je me suis laissée porter dès les premières pages.

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La quête d’identité de Simon est complexifiée par cette double culture dans laquelle il a grandit puis à laquelle on l’a arraché sans explication. Une double culture bien présente mais qui ne fait pas toujours sens pour soi et qui génère aussi de l’incompréhension pour la société que l’on quitte et celle qui  nous accueille rarement à bras ouverts. Un départ synonyme parfois de rupture familiale  : honte, colère, et non-dits marquent incontestablement la distance. Les immigrés portugais auxquelles Cyril Pedrosa à donner la parole, le verbalisent bien. Ces témoignages ont raisonné en moi comme un écho. J’ai rarement autant été touché par une BD. C’est un bijou.

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                                                                                         Chez Moka