Une voix en Nord

Véronique Petit, Une voix en Nord, Oskar éditeur, 2013

Pour Marco, 8 ans, l’apprentissage de la lecture est douloureux. Les mots se transforment en véritable maux et l’enferment dans un illettrisme résigné. Une fatalité assumée lorsqu’il apprend que sa maman chérie ne sait, elle non plus, pas lire. Mais « parfois le talent ne trouve pas sa place de classe ». Le talent de Marco est le chant. Il a une « voix en Nord », le « Nord, du Nord ! ». Pour preuve son succès au casting de « Graine d’étoile » : Marco passera à la TV.  Pour ce faire, Marco doit apprendre à lire. Dilemme. Notre star est prise dans un conflit de loyauté : apprendre à lire pour chanter à la TV mais abandonner sa maman seule dans son illettrisme OU renoncer à l’idée « d’être riche et célèbre » pour l’accompagner dans son handicap…

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« Le vert du tableau est blanchi de lettres et de mots, prêt à étouffer tant il y en a. Moi je n’aime pas les lettres, ni les mots, ni l’école. Sauf les cours de chant, parce que j’aime beaucoup chanter et qu’en plus j’ai une voix en nord. C’est le maître qui l’a dit. Le Nord, c’est tout en haut sur la carte de France. Avoir une voix en nord, ça veut dire avoir une des plus belles voix de la France. C’est vraiment beaucoup de chance. »

Ce roman très accessible (dès la classe de CM2) est un roman plein de tendresse. Énormément touchant. Un hymne à la tolérance. Un appel au dépassement de soi. Bref une vraie leçon de vie.

Je vous avoue secrètement, à demi-mots… qu’habituellement les « romans juniors » (CM2- 6ème) rime pour moi avec devoir professionnel. Très peu très fan…. Hop, hop je les lis rapidement pour promouvoir la lecture auprès des plus petits. Mais celui-ci m’a profondément attendrie. On fond devant la mignonnerie extrême que provoque le récit de Marco : narrateur de haut vol. La candeur de l’histoire, la confusion des mots, les propos imagés ne laisseront, je pense, personne insensible.

Pour résumer, La voix du Nord est un beau (au sens noble du terme) roman sur l’illettrisme, ses causes, ses conséquences… Etre illettré dans une société où l’information est la matière première de tout et chaque échange relève véritablement d’un parcours du combattant.  La voix du Nord en témoigne avec simplicité et naïveté.

Et s’il fallait mettre une note : ☆☆

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Dis-moi que tu m’aimes

Francisco de Paula Fernandez, Dis-moi que tu m’aimes, Albin Michel, 2012.

Minnie16 de son prénom Paula et Angel de son pseudo Lennon se sont donné rendez-vous dans la vraie vie après deux mois de discussion sur Facebook. Le jour J arrive, Paula attend mais Angel lui, n’arrive pas. Elle décide alors de rentrer dans un Starbucks. C’est là qu’elle croise Alex : un jeune homme « au-sourire-qui-tue » qui lit le même roman qu’elle « j’ai failli te dire je t’aime ». Point de départ d’un imbroglio amoureux.

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J’ai été tenté de faire un schéma heuristique en guise de billet pout démêler cet énorme nœud amoureux. Mais j’ai réussi à lutter contre toute aliénation et déformation professionnelle… Enfin qu’à moitié. Les élèves réclamaient des romans d’amour, les voilà servis et moi aussi. J’ai eu l’impression de tomber dans un paquet de chamallow dégoulinant. Petit aperçu.

Paula et Angel sont amoureux (avant même de se rencontrer, oui ça commence fort !). Mais Paula rencontre Alex avant Angel. Et Angel est en retard à son premier rendez-vous à cause de Katia, chanteuse espagnole à succès. Alex tombe sous le charme de Paula, Katia sous celui d’Angel. Paula est aussi aimée en secret par Mario, le frère d’une de ses meilleures amies. Ce dernier sera bientôt convoité par Diana, une autre meilleure amie de Paula. N’oublions pas Irène, demi-sœur (par alliance) d’Alex, une bombe de 22 ans qui fera tout pour mettre son « demi-frère chéri » dans son lit… si, si je vous assure… et ça a duré comme ça pendant 766 pages. Heureusement le talent d’écriture de l’auteur rend la lecture plus facile. Autre petit aperçu.

« Paula sourit et raccroche [appel avec Diana]. Sans se douter de ce que lui réserve la soirée, elle rentre tranquillement dans la station ». Frottement de mains. Frisson. Excitation. SUSPENSE et… plate déception : Paula avait rendez-vous avec Mario pour réviser l’exam’ de maths mais celui-ci s’est endormi puis sa soirée a été ponctuée par deux échanges de SMS avec Angel et Alex. Voilà. Il est difficile de se souvenir dans quel état de niaiserie nous étions adolescent. Mais ce roman nous replonge incontestablement dedans. La niaiserie atteint un tel niveau que cela en devient mignon et attachant. On a de nouveau 14 ans et on se retrouve embarquer dans la trépidante vie lycéenne. A la quête d’un élixir de jeunesse ? Lisez Dis-moi que tu m’aimes, sinon abstenez-vous.

Et s’il fallait mettre une note : ☆☆☆

L’Arabesque

Erik Poulet-Reney, L’Arabesque, Oskar, 2013.

Le jour de ses 18 ans, Nora apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Son père n’est pas son père.

« Tu as toujours eu cette belle cascade de cheveux, ma Nora… Je t’ai souvent enviée, tu sais. » commence Emma, sa mère. « L’allusion à ses épais cheveux noirs et crantés ne lui avait jamais été faite qu’à l’école, au collège, au lycée et aux cours de danse. Jamais au seine de la famille. » Symbole d’un lourd secret de famille. « Question d’atavisme, lui avait dit un prof. Empreinte génétique d’un aïeul… » L’aïeul en question n’est autre qu’Idriss, le père biologique de Nora. Idriss disparut du jour au lendemain abandonnant Emma, laissant ainsi la place à Samuel, père adoptif de Nora.

Pourquoi ?

La vérité est ailleurs. De l’autre côté de la Méditerranée. Nora le sait. C’est pour Marrakech qu’elle va s’envoler. Nous assistons alors à un vrai voyage initiatique durant lequel Nora va rencontrer l’amour, à son tour. Un sentiment encore méconnu, il contribuera à sa construction identitaire tout comme, évidemment, la rencontre avec son père. Nora est désormais L’Arabesque : « L’Arabe ou presque. » Ses mouvements légers et souples de danseuse se fondent admirablement bien dans un décor merveilleux digne des mille et une nuit.

L’Arabesque est un roman jeunesse qui se lit bien. Tout en abordant la délicate question des secrets de famille Erik Poulet-Reney nous fait voyager à travers des descriptions maîtrisées.

Et s’il fallait mettre une note :

STYLE ENFER

Anthony Pastor, Style Enfer, Actes Sud, 2013

Kimberley, Kim Lee a 15 ans. Elle voit sa vie basculer lorsque son frère, Kévin, est accusé du meurtre de sa petite amie Valentine. Elle refuse de le croire. Elle va tout faire pour l’innocenter sans se douter qu’elle allait, elle-même, se confronter au danger…

9782330024253Kim Lee a un caractère et un style bien tranchés qui ne font pas l’unanimité. Elle le sait d’ailleurs : « J’avoue, mon style est particulier, unique même, ou plutôt ultime. Surprenant en tout cas. Un mélange personnel fait d’emprunts aux gothiques, aux punks et aux clowns, très déstabilisant pour la plupart de mes concitoyens. J’appelle ça le style enfer ». La couleur dominante est le rouge, pas le noir comme on pourrait s’y attendre. Car contrairement à beaucoup de mes camarades de lycée, la tendance au macabre ne me branche pas. Je vois l’enfer comme un lieu festif, une rave party colorée avec un son énorme. Des feux partout, qui réchauffent les âmes… » Mais sa vision de l’enfer change complètement après l’avoir réellement vécu lors de la quête d’innocence de son frère, en compagnie des amis de celui-ci autant torturé que déjanté Pierre et Rico.

Style Enfer est un thriller pour ados qui se lit bien (en une soirée c’était bouclé). Le rythme est dynamique, l’auteur sait nous tenir en haleine jusqu’au bout. On passe un agréable moment. L’intrigue est un peu simple, facile mais conviendra très bien au public visé.

Et s’il fallait mettre une note :

L’invisible

Robert Pobi, L’invisible, Points, 2012

« Une femme a été écorchée vive. Elle a été maintenue au sol, forcée à regarder pendant que [son] gamin brisait  probablement le mur du son avec ses hurlements. Et il s’est vidé de son sang avant que l’assassin en ait fini avec lui (…) Pendant qu’elle haletait comme un poisson, tentant d’inspirer un peu d’air pour prier ou appeler à l’aide, il l’a scalpée. Puis il l’a probablement de nouveau cognée, et elle a presque perdu connaissance. Et pendant qu’elle tombait dans les pommes, il a arraché toute la chair de son visage. Et puis il a attendu. Et quand elle est revenu à elle, il l’a probablement laissée gueuler quelques minutes, histoire de bien graver cette image dans son esprit pour pouvoir de branler plus tard. Et alors, comme à ce stade il aimait tellement l’entendre brailler, il l’a maintenue avec son pied et il a arraché toute sa peau pendant qu’elle endurait des souffrances qui vous pulvériseraient le cerveau ».

La violence de ce double meurtre est sans précédent à Montauk, petite ville du Long Island. Les shérifs Hauser et Spencer semblent complètement désemparés. Ils choisissent alors de faire appel à Jake Cole, profiler d’exception au FBI, revenu quelques jours, après de très longues années, auprès de son père mourant, Jacob : artiste de génie complétement fou. Vous en conviendrez le hasard fait bien les choses… Sauf que Jake est persuadé que son père connait l’identité du dépeceur qu’il tenterait même de lui communiquer à travers ses œuvres… Un puzzle qui compte bien des milliers de pièces. Résoudre l’énigme demande un travail colossal qui s’avère chronophage. Or, il faut se dépêcher le dépeceur fou a encore frappé.

pobi

L’invisible a été l’objet d’une première lecture commune avec mes copines Caroline et Neph (qui l’ont également chroniqué sur leur blog respectif). J’ai adoré cette expérience inédite, ces échanges de mails enflammés faisant émerger les hypothèses les plus saugrenues. Nous avons finalement bien ri malgré la lourdeur de cet intrigue glauque… Revenons- y d’ailleurs !

Nous retrouvons dans l’invisible de Robert Pobi tous les ingrédients d’un bon thriller : à meurtre exceptionnel, profiler d’exception. Un profiler que l’on voudra forcément torturé par un passé difficile (et c’est peu dire) : perte du repère maternel dès le plus jeune âge, relation conflictuelle avec le père, drogue, alcool, flirt étroit avec la mort…  Mais pour équilibrer le tout, tout de même, le profiler aura une famille pour humaniser et attendrir ce personnage charismatique que la vie aura endurci et rendu cynique. La rencontre avec sa femme (ici Kay) sera forcément salvatrice pour l’un comme pour l’autre (le passé de Kay n’est pas glorieux non plus…) et leur enfant (Jérémy) sera la meilleure chose qui leur soit arrivée : la prunelle de leurs yeux qu’il faut à tout prix protéger du danger menaçant… Et lorsque en plus de tout cela, la Nature s’en mêle, c’est encore mieux ! Dylan, l’ouragan va bientôt s’abattre sur la ville ce qui risque (évidemment) de complexifier le bon déroulement de l’enquête…

En bref, la cuisine est bien faite mais on la déguste sans grandes surprises.

A l’approche du dénouement, le suspense est à son apogée. Le lecteur, les lectrices ici en l’occurrence sont à cran.  La lecture devient presque obsessionnelle, jusqu’au point d’amener son livre au boulot et de le lire aux moments des pauses. L’auteur a réussi à provoquer une telle pression que l’on s’attend à un dénouement hors du commun, une révélation explosive, une fin quasi apocalyptique…. Et puis… en fait non ! Déception. Je crois que je n’ai jamais autant été déçu par une fin. Je vous épargne le jeu de mot classique « cette fin m’a laissé sur ma faim » parce qu’en plus c’est même pire que cela. J’ai eu l’impression désagréable que l’auteur avait bâclé la fin de son roman : « bon il me faut un meurtrier maintenant… euh.. Am, stram, gram, Pic et pic et colégram, Bour et bour et ratatam, Am, stram, gram ça se-ra toi le MEUR-TRI-ER !  » J’exagère un peu (à peine) mais il y a tellement de choses qui restent en suspens, d’autres qui sont réécrites pour servir au dénouement que l’on se demande vraiment si l’auteur a maitrisé son intrigue jusqu’au bout.

L’invisible répond bien aux caractéristiques du thriller, il se lit bien mais à mon sens ici le dénouement est raté.

Et s’il fallait mettre une note :