Le caveau de famille

Katarina Mazetti, Le caveau de famille, Gaïa Editions, 2011

Désirée la bibliothécaire et Benny le paysan se sont rencontrés et quittés dans le Mec de la tombe d’à côté. Enfin presque.

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Après leur rupture Désirée contacte Benny et lui demande un service très spécial. Son horloge biologique la titille. Elle veut avoir un enfant. Elle demande à Benny d’en être le géniteur. Il accepte. Le deal est simple : trois essais, deux possibilités. Désirée n’est pas enceinte, ils se quittent à jamais. Désirée est enceinte, ils réfléchissent ensemble à la suite. Il n’est pas question pour Benny que son « gamin » soit transformé « en un petit docteur en langues mortes ! » Au bout de trois essais, rien. Les amants doivent se quitter mais c’était sans compter sur leur attachement mutuel. Ils tombent vite d’accord, il faut essayer encore.

Vous vous en doutez, Désirée finit par tomber enceinte. Benny quitte Anita, sa cousine avec qui il s’était installé. Désirée s’installe à la ferme. C’est alors le temps de l’amour, des bébés, des concessions, des sacrifices… « Quand ils sont amoureux, les gens dégringolent à un QI de 72 environ, c’est ma théorie. Assez élevé pour pouvoir aller tout seul aux toilettes et ne pas se faire arrêter par la police dans la rue, mais trop bas pour qu’on puisse accorder une quelconque confiance dans leur jugement » affirme Désirée qui a dû revoir ses ambitions professionnelles à la baisse. Le roman pose clairement la place de la femme dans le couple. Doit-on forcément choisir entre famille et carrière quand on est une femme ?

La suite du Mec de la tombe d’à côté garde son caractère polyphonique. Aux voix de Désirée et de Benny s’ajoute la voix d’Anita. Cette mise en scène narrative contribue à la réussite de ce roman. Les personnages livrent sans détour leur vision de vie avec humour, colère, tristesse, joie… Les titres des différentes parties du roman sont en ce sens très éloquents. Ils prennent leur empreintes dans le champ lexicale météorologique (ciel variable, temps sec et ensoleillé, pluies éparses…) et nous préparent ainsi au climat familial auquel nous allons devoir faire avec quasi la même intensité que les personnages.

Dans la droite lignée du Mec de la tombe d’à côté, Le caveau de famille m’a réellement fait passé un agréable moment de lecture même si je dois l’avouer, j’ai été beaucoup moins touché par cette suite, la surprise a sans doute manqué.

Et s’il fallait mettre une note :

Les désorientés

Amin Maalouf, les désorientés, Éditions Grasset & Fasquelle, 2012

Cinq heures, le téléphone sonne. Adam répond : Mourad, son ancien ami avec qui il est brouillé depuis plusieurs années, est mourant. Tania, la femme de Mourad, demande à Adam de venir à son chevet. Après 25 ans d’exil Adam retourne dans le  pays de son enfance. A son arrivée, il est trop tard. Malgré tout, Adam décide de rester quelques jours dans ce pays qu’il ne nommera jamais afin de rassembler, à la demande de Tania, le groupe d’amis d’autrefois en hommage à Mourad. Chaque jour de son séjour est soigneusement consigné dans un carnet avec une rigueur historienne qui est désormais la sienne.

 « On parle souvent de l’enchantement des livres. On ne dit pas assez qu’il est double. Il y a l’enchantement de les lire, et il y a celui d’en parler. Tout le charme d’un Borges, c’est qu’on lit les histoires contées tout en rêvant d’autres livres encore, inventés, rêvés, fantasmagoriques. Et l’on a, l’espace de quelques pages, les deux enchantements à la fois. » Contrairement à Adam, je n’ai pas encore lu Borges mais le double enchantement dont il nous parle, je l’ai connu ici en lisant les désorientés. Pour partager cette magnifique lecture j’utiliserai et peut-être même userai de beaucoup de citations ; non pas par flemme synthétique mais plutôt par crainte de dénaturer un propos fin et élégant qui vous séduira sans doute comme il m’a séduite.

Pendant 16 jours Adam va à la rencontre des personnes qui constituaient son cercle d’amis universitaires : « le clubs des Byzantins ». Chaque rencontre est l’occasion de se raconter et de régler ses comptes avec le passé. Tania, jeune veuve éplorée est restée aux côtés de son mari Mourad, malgré ses choix politiques discutables et discutés. Sémiramis ne s’est jamais remise de la perte de Bilal, mort au combat. Elle est restée au pays et a subit les guerres successives. Nidal, le frère de Bilal, également très marqué par la mort de ce dernier, est devenu un musulman extrémiste radical. Naïm, de confession juive, est le premier à être parti s’installer au Brésil avec sa famille. Les inséparables  » Ram’z », Ramzi et Ramez, ont fait fortune grâce à leur cabinet d’ingénieur-architecte implanté à Londres. Mais du jour au lendemain Ramzi décide de se retirer dans un monastère levantin, déçu par la vie et les hommes. Albert, après avoir échappé à son suicide grâce à un enlèvement, émigre aux États-Unis.

Adam, lui, de confession chrétienne, s’est exilé à Paris où il est devenu un éminent historien, spécialiste de l’époque romaine. On découvre à travers son récit, les ressentis d’un exilé pour qui partir a été une nécessité mais s’installer ailleurs n’a pas été aisé. « Moi depuis l’âge de treize ans, je me suis toujours senti, partout, un invité. Souvent accueilli à bras ouverts, parfois tout juste toléré, mais nulle part habitant de plein droit. Constamment dissemblable, mal ajusté – mon nom, mon regard, mon allure, mon accent, mes appartenances réelles ou supposées. Incurablement étranger. Sur la terre natale comme plus tard sur les terres d’exil. » Un exil incompris par ses amis, en particulier, Mourad avec qui il était brouillé : « vivre année après année en pays étranger, dans l’anonymat d’une vaste métropole, ce n’était pas seulement pour lui un abandon de la mère patrie, c’était une insulte aux ancêtres, et en quelque sorte une mutilation de l’âme ». Cette déchirure, le sociologue Abdelmalek Sayad, l’explique admirablement bien – dans un contexte différent – dans sa double absence. Il retranscrit bien cet état de fait où l’émigré absent auprès de sa famille, de son pays et de fait considéré comme un traître pour certains, sera un immigré tout aussi absent dans son pays d’accueil car « incurablement étranger« .

Adam et certains de ses amis exilés sont donc devenus les « dés-Orientés ».

Le thème de l’exil est au cœur de l’intrigue. Tout au long de ce roman Adam et ses amis ne cesseront de s’interroger sur leur appartenance à un pays et leur « citoyenneté du monde ». Très vite dans les différentes conversations et les divers questionnements, la religion ressort comme élément de réponse. En effet, dans cette région du monde (entre autres), la religion a été instrumentalisée au profit de ces questions d’appartenance. La foi est parfois mise de côté au profit du pragmatisme politique.

« C’est l’Occident qui est croyant, jusque dans sa laïcité, et c’est l’Occident qui est religieux, jusque dans l’athéisme. Ici, au Levant, on ne se préoccupe pas des croyances, mais des appartenances. Nos confessions sont des tribus, notre zèle religieux est une forme de nationalisme… »

C’est le tournant politique de leur pays qui les a poussé à l’exil : une guerre civile absurde dont les premières victimes sont des innocents désintéressés des affaires politiques. Un de nos narrateurs le souligne bien :

« Prenez garde : « si vous ne vous occupez pas de politique, la politique s’occupe de vous» […] attribuée au gré des sources, à deux auteurs différents, contemporains de la Révolution française : l’un étant Royer-Collard, l’autre l’abbé Sieyès […] En d’autres termes, il ne s’agit pas de constater banalement que la politique affecte tout un chacun, même ceux qui ne s’y intéressent pas ; ce qui dit l’auteur, c’est que les remous politiques affectent en priorité ceux qui s’en préoccupent pas. Rien de plus juste ! […] Lorsqu’un règlement de comptes se produisait entre deux milices, entre deux quartiers, entre deux communautés, les militants de tous bords se terraient. Ceux qui avaient participé à des combats ou à des massacres ne se hasardaient plus hors de « leur » zone ; et si celle-ci courait le risque d’être envahie, ils allaient se poster plus loin. Qui, à l’inverse, n’éprouvait pas du tout le besoin de se cacher, ni de s’enfuir ? Qui continuait à traverser candidement les lignes de démarcation malgré l’incursion des «autres» ? Uniquement ceux qui n’avaient rien à se reprocher, ceux qui n’avaient participé à aucun combat, à aucun enlèvement, à aucune tuerie. Et c’est justement sur ces innocents qu’on finissait par s’acharner ! Oui, c’est dans le vaste troupeau des apolitiques que les Minotaures de la guerre civile choisissaient chaque jour leurs proies ! […] illustration tragi-burlesque d’un paradoxe établi. »

Adam a donc choisit de partir car il ne trouvait plus sa place dans ce pays tourmenté et ne se reconnaissait plus parmi les siens :

« Hélas, nos compatriotes sont complaisants, désespérément complaisants, à l’endroit de ces pratiques. Parce qu’il en a toujours été ainsi, te disent-ils. Ils sont pleins d’admirations, même, pour l’habileté de ceux qui « arrivent », quels que soient les moyens employés. La devise locale semble être – pour paraphraser un proverbe anglais sur Rome : « Quand tu es dans la jungle, fais ce que font les fauves ! »

En retrouvant ses amis, Adam retrouve les discussions passionnées qui animaient les soirées du « cercle de Byzance » ou chacun se révoltait contre telle ou telle injustice, s’engageait pour une cause, s’indignait contre une autre… 25 ans plus tard, les esprits sont toujours aussi vifs mais les discours sont  plus amères, plus pessimistes quant à l’avenir de l’Humanité.

Pour Naïm la décence est définitivement morte : Il n’y a jamais eu d’Humanité irréprochable mais selon lui la décence est morte en 1914 car « avant cette date, l’humanité était impuissante. Son pire ennemi, c’étaient les calamités naturelles ; sa médecine tuait plus qu’elle ne soignait, et sa technologie était balbutiante. C’est en quatorze qu’ont débuté les grandes calamités de fabrication humaine : la guerre mondiale, le gaz moutarde, la révolution d’Octobre… »

Notre personnage principal est lui très pessimiste quant à l’avenir :

« Adam nous disait l’autre jour qu’il y avait eu, au vingtième siècle, deux calamités majeures : le communisme et l’anticommunisme ». Et au vingt et unième, il y aura aussi deux calamités majeures : l’islamisme radical, et l’anti-islamisme radical » prédit l’historien. « Ce qui, n’en déplaise à notre éminent futurologue, nous promet un siècle de régression ».

Amin Maalouf ne nomme jamais les lieux dans son roman. Même si le contexte géopolitique a une importance toute particulière car décisif dans les parcours de vie de nos personnages, c’est là les retrouvailles de ce groupe d’amis qui priment. Puis on devine très vite de quelle partie du monde il s’agit. L’auteur lui même nous met sur la piste.

« Dans Les Désorientés, je m’inspire très librement de ma propre jeunesse. Je l’ai passée avec des amis qui croyaient en un monde meilleur. Et même si aucun des personnages de ce livre ne correspond à une personne réelle, aucun n’est entièrement imaginaire. »

Il explique plus en détail ci-dessous :

Le roman d’Amin Maalouf fait parti de ces romans qui nous éveillent et élèvent intellectuellement tant l’écriture est fine, belle et juste. L’auteur raconte avec beaucoup de pudeur, de nostalgie et de regrets l’histoire d’une jeunesse remplit d’idéaux mais finalement meurtrie par la guerre et parfois contrainte à l’exil. Les propos de ses personnages, à maintes égards visionnaires et modernes, permettent de comprendre, d’avoir peut-être une meilleure (ou du moins différente) lisibilité des difficultés auxquelles les natifs de ces régions belliqueuses doivent faire face.

 » Tout homme a le droit de partir, c’est son pays qui doit le persuader de rester. »

Outre le réel intérêt historique de ce roman, Les désorientés est un roman excellemment bien écrit (je crois que je l’ai déjà dit mais tant pis je me répète) avec des personnages touchants et attachants, un récit vivant, dynamique, alléchant… et un dénouement inattendu.

Bref, c’est pour moi et sans conteste un vrai COUP DE COEUR.

Le mec de la tombe d’à côté

Katarina Mazetti, Le mec de la tombe d’à côté, Actes Sud, 2009

Désirée est une jeune veuve d’une trentaine d’années. Sa solitude soudaine la plonge corps et âme dans son travail :  elle excelle dans ses fonctions de bibliothécaire. Benny pleure le décès de sa mère et croule, seul,  sous les multiples tâches qui incombent à l’entretien de sa ferme. Tous deux se rendent régulièrement au cimetière pour se recueillir sur la tombe de leur proche respectif. Ils se rencontrent, se gênent, s’agacent. Mais un jour…Un sourire. Tout bascule. Une question se pose, peut-on aimer son opposé ?

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Le premier contact est tendu. La rencontre est conflictuelle. Ils se battent le banc de la méditation après le recueillement sur les tombes. Ils s’observent du coin de l’œil. Désirée voit : « Un homme de [son] âge avec un blouson voyant et une casquette doublée avec un cache-oreilles. La calotte est à l’américaine, plus haut devant, avec l’inscription LES FORESTIERS […] Il avait une drôle d’odeur et seulement trois doigts à la main gauche ». Benny est plus tranché. Il ne peut pas « la blairer ». Sa description en témoigne : « Des sourcils blonds fanés, le teint pâle, des cils et sourcils blancs, des vêtements ternes et délavés, toujours un truc bleu ciel ou sable. Une femme beige. Toute sa personne est une insulte – un peu de maquillage ou un joli bijou auraient indiqué à l’entourage qu’elle prête attention à son image et à l’opinion des autres, sa pâleur en revanche ne dit que : « Je m’en fous de ce que vous pensez, je ne vous vois même pas. »

A priori ce n’est pas l’amour fou. Mais un jour les regards se croisent. Un sourire. Le début d’une histoire.

On ne peut pas dire qu’ils soient en symbiose. Désirée parle même de choc culturel. Effectivement je ne saurai mieux dire. Elle, l’apparence, la tenue de son Benny mais surtout le chaos qui règne dans sa ferme la laisse perplexe. Elle aurait aimé trouvé une ferme telle qu’a pu les peindre Carl Larsson (célèbre peintre suédois) : « Grande cuisine avec un feu crépitant dans l’âtre, des marmites de cuivre sur le fourneau et des couronnes de seigle enfilées sur une barre suspendue au plafond. »

Un peu comme ça :

Carl Larsson, Köket (La cuisine), 1898

Carl Larsson, Köket (La cuisine), 1898

Lui, tout le questionne chez elle, de ses nombreux livres qui lui donnent littéralement le tournis en passant  par son apparence fade jusqu’à même son prénom : « Désirée – J’ai du mal avec son prénom. Il sonne à la fois cassant, constipé et hautain, tout ce que je croyais qu’elle était au début. Moi, je l’appelle la Crevette. Ça lui va tellement bien que c’en est presque méchant. Pâle, recroquevillée sur ses parties molles, une carapace autour. Et de longues antennes » Et puis (comme toute femme qui se respecte) « elle parlait beaucoup [à se demander] s’il y avait une seule chose qu’elle pouvait vivre sans en parler en même temps. Apparemment c’était sa façon de s’approprier ce qu’elle vivait. Comme si elle était obligée de le réduire en purée avant de l’avaler, un peu comme les vieux qui n’ont plus toutes leurs dents. » Il trouvait cela plutôt chouette en fait… Sauf au lit : « En même temps qu’elle me câlinait et me faisait perdre la tête, elle n’arrêtait pas de parler. Parfois justement de ce qu’on était en train de faire et j’en étais presque gêné : « Mmm, je me demande si le coude est réellement une zone érogène ou si c’est toi qui développes ça… La comtesse de Nivers, tu savais qu’elle avait dessiné une petite carte de son vagin, coloriée à l’aquarelle, pour que ses amants puissent plus facilement la satisfaire? »

Bref, lui était un  fermier plutôt traditionaliste, elle une citadine libérée et indépendante. Benny résume bien la situation : « on va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts comme disait mon grand-père ». Après maintes et vaines tentatives sonne le glas d’une belle histoire d’amour. Chacun prit par ses ambitions professionnelles, aucunes concessions ne semblent envisageables. Par fierté nul ne cédera.

Cependant, c’est bien connu on prend la mesure des choses une fois que celles-ci nous échappent. Cette rupture est un véritable gâchis. Tout deux conscients d’avoir touché des bouts des doigts l’Amour, le vrai, le grand, le précieux… Le Graal que tout un chacun souhaite un jour quérir. Mais il est trop tard. Alors ils vivent dans l’illusion. Ils tentent de passer à autre chose. Benny cherche à oublier dans les bras d’Anita qui s’avèrent être plus un bras droit qu’une femme aimante et aimée. Désirée se démène à la bibliothèque, change de look pour une nouvelle vie (et hop un p’tit clin d’oeil à Cristina Cordula en passant). Mais personne oublie. Le souvenir de l’autre les torture et nous fend le cœur à nous lecteurs. Chacun vit sa vie de son côté avec ce goût amer d’un amour inachevé. Jusqu’au jour où Désirée contacte Benny pour lui demander un service bien particulier…

Un autre personnage retient mon attention : Inez Lundmark. Collègue de Désirée, Inez est un personnage solitaire. Pour combler le vide, elle classe dans des boîtes d’archives des dossiers sur des membres de sa famille, jusqu’à la septième génération d’abord puis sur ses collègues, d’anciens camarades de classe ensuite. Et de temps à autre il lui arrive d’essayer la vie d’une autre. Elle se transforme en cette personne (tout y est : style vestimentaire, maquillage, parfum…) et se met dans sa peau pour quelques heures. Était-elle folle ? Désirée ne le pense pas : « J’ai un jour entendu un savant finlandais dire que normal, on ne l’est que tant qu’on n’a pas été suffisamment examiné. Pourquoi est-ce plus fou de cartographier la vie des gens que d’observer les oiseaux ? » Folle sans doute pas, triste assurément.

Avec ses personnages, l’auteure ouvre une réflexion sur les chemins de vie, les choix bons ou mauvais que l’on fait ou que l’on doit faire. Les trajectoires que l’on doit prendre ou que l’on peut prendre. Ces destins gâchés nous questionnent sur notre propre destinée.

Le mec de la tombe d’à coté est un beau roman avec de l’humour, de la tristesse et beaucoup de suspense. Je ne devrais pas tarder à vous parler de la suite : Le caveau de famille.

Et s’il fallait mettre une note :

Rentrée littéraire 2013

Daniel Morvan, Lucia Antonia, funambule. Zulma, 2013.

Lucia Antonia est le nom de scène d’une jeune funambule. Ses représentations spectaculaires, avec sa sœur jumelle funambule Arthénice, ont fait la fierté du cirque fondé par son grand-père Alcibiade. Mais un jour Arthénice chute. Le monde merveilleux de Lucia Antonia s’écroule. Endeuillée, elle consigne à présent sur des petits carnets son passé regretté…

funambuleC’est avec enthousiasme que j’ouvris le paquet envoyé par mes libraires préférées contenant les livres faisant la rentrée littéraire. Mais quelle fut ma déception lorsque je découvris le titre du premier : Lucia Antonia, funambule. FUNAMBULE ? Non, pas du cirque !

Réalisé par Maxime Veloso

Réalisé par Maxime Veloso

Je l’avoue. J’ai toujours été hermétique au monde du cirque. Oui ce monde merveilleux. Chez moi ce n’est pas de l’émerveillement qu’il a suscité, petite mais plutôt de la pitié, de l’ennuie et parfois de la peur. De la pitié pour ses animaux enfermés pour amuser ; et à vrai dire – entre nous – voir un phoque courir après un ballon ne m’a jamais amusé mais plutôt profondément ennuyé. De la peur pour ses acrobates, ses funambules perchés si haut pour nous impressionner. Bref, ces spectacles ne m’ont jamais procuré de plaisir. Comment un roman traitant précisément de cela pouvait-il me plaire ?

En réalité à peine ouvert, je l’avais déjà terminé.

Lucia Antonia, funambule est un roman plein de poésie. Après la disparition de son âme sœur, Lucia Antonia décide de retourner sur les pas de leur rencontre. Une presqu’île magnifique. Elle y fait des rencontres exceptionnelles. C’est à travers elles, qu’elle entame son travail de deuil en naviguant entre le passé et le présent…

Elle fait une rencontre qui s’avérera salvatrice : Eugénie et Astrée, une mère et sa fille réfugiées. Elles vont l’aider à renouer avec le monde du cirque. Elle se lie d’amitié avec un garçon voilier qui après lui avoir tendu des fils, lui fait découvrir de bons vins. Puis, elle fait la connaissance d’un artiste peintre, propriétaire du moulin avec qui elle se dispute l’image d’Arthénice. C’est à travers cette rencontre parfois conflictuelle que Lucia Antonia mène une belle réflexion sur la liberté, la vie, la mort…

Avec Lucia Antonia on découvre l’envers du décor. Derrière ces spectacles, cette magie de la souffrance, de la dureté et de la précarité. Cette immersion dans le monde du cirque m’a fait repensé à ce beau film De l’eau pour les éléphants (non je n’ai pas lu le roman). Une belle histoire d’amour également pleine de poésie dans un monde qui fait illusion.

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Avec une narration fluide et dynamique, Lucia Antonia, funambule est un roman agréable à lire.

Et s’il fallait mettre une note :