Le combat ordinaire : T4

Manu Larcenet, Le combat ordinaire : planter des clous. Dargaud, 2007

« C’est l’histoire d’un chantier qui ferme, d’une petite fille amoureuse, d’un soir d’élections et d’une nuit dehors… » On retrouve Marco deux ans plus tard, jeune père de famille et journaliste-reporter pour le journal local, engagé dans un combat social.

La paternité a longtemps fait très peur à Marco. Il prenait la fuite dès que son amie Émilie évoquait l’idée. Jusqu’au jour où il n’a pas eu le choix. Mais finalement… sa « fille est formidable. Elle et moi avons eu plus ou moins deux ans de tendre méfiance mutuelle jusqu’à ce qu’elle commence à parler, brusquement. J’ai alors découvert l’étendue vertigineuse de sa soif d’information et sa volonté obstinée à s’adapter. Si je devais intégrer autant de découvertes révolutionnaires en si peu de temps, je deviendrais fou. Car le monde n’a rien de logique ! Il est truffé de subtilités, de pièges, de fausses pistes, si bien qu’il faut être tenace et en veille permanente pour en suivre le flot. Dans son sillage, ma fille me contraint à tout repenser sous les angles forcément différents. Forte de sa minuscule vie, elle m’éduque ». Nul doute, Marco est conquis. Sa fille, Maud, a eu raison de ses angoisses.

L’intrigue se déroule, en 2007,  en pleine campagne électorale. Ce contexte de peut-être renouveau politique coïncide avec un contexte d’agitation sociale. Marco reçoit un appel de Pablo, un ouvrier de l’atelier 22 où travaillent des hommes – comme feu son père – qui ne savent rien faire d’autres que planter des clous. L’usine va fermer. Les ouvriers ont besoin d’un coup de pousse médiatique. Marco doit couvrir l’événement. Mais la rédaction refuse « le sujet […] n’est pas prioritaire ». Le rédacteur en chef poursuit « vous croyez que parce que mes lecteurs seront informés et éventuellement émus, le sort de ces gens changera ? […] Vous imaginez des hordes de citoyens se lever pour apporter un soutien populaire massif aux plus menacés d’entre eux ? Le grand soir ? Au risque de rater la nouvelle star ? Soyons sérieux ! »

Marco est indigné. « Le pur désespoir pose des questions tellement essentielles qu’il ne peut s’accommoder d’idéologie… L’escroquerie idéologique, c’est de convaincre qu’il existe une vérité. Le réel n’importe plus alors que dans la mesure où il peut se plier pour s’y conformer. Pourtant, la rue ou les métastases, par exemple sont abyssalement indifférentes au CAC 40 ou à la ligne du parti… On m’objectera sans doute qu’elles ce sont tout autant à la poésie, et on aura tort. Délestée de toute logique, la poésie est la seule manière libre de remarquer ce qui est précieux […] La poésie rachète tout. » Face à la résignation des uns et à l’indifférence des autres Marco n’en finit pas de bouillonner de colère. On comprend bien, alors, la citation d’ouverture de Magyd Cherfi (Zebda) : « Je suis fracas quand la foule est tranquille ». Je ne résiste pas d’ailleurs à vous passer la chanson dans son intégralité. Elle se marie tellement bien avec cette excellente BD !

C’est ainsi que s’achève ma lecture de cette magnifique série. Le combat ordinaire de Marco, je l’ai déjà dis et je le répète est une vraie leçon de vie.

Et s’il fallait mettre une note :

bdc0a-logo2bbd2bmango2brouge

Publicités

12 réflexions au sujet de « Le combat ordinaire : T4 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s