La beauté terrible

Gérard de Cortanze, Frida Kahlo : la beauté terrible, Albin Michel, 2011

La beauté terrible est un « livre qui n’est ni un essai, ni une biographie au sens classique du terme, mais plutôt un parcours dans les méandres d’une œuvre et d’une vie, derrière une falsification où le créateur livre toujours son journal authentique » .

En route pour le Musée de  l’Orangerie, j’ai souhaité approfondir mes connaissances sur cette artiste haute en couleur afin d’être incollable (ou presque) devant l’exposition. Mais, après ma récente lecture du Larousse qui lui était consacré, je ne pense pas en avoir appris davantage. Malgré tout, j’ai pris un réel plaisir à lire cette « biographie romancée ». On sent l’auteur passionné par l’artiste. Son écriture est fluide, dynamique et agréable à lire. Ses enchaînements sont subtilement travaillés. Les titres de ses parties sont éloquents. Contrairement au Larousse (qui répond bien à ses objectifs), l’auteur ne tombe pas dans un récit « scolaire » avec des thématiques que l’on peut coller à n’importe quel artiste : « sa vie », « sa peinture », « son engagement politique ». Au contraire, Gérard de Cortanze fait une constante corrélation entre ces différentes parties afin de leur donner du sens.

La beauté terrible est pleine de sensibilité. L’auteur s’intéresse à Frida Kahlo en tant qu’artiste et en tant que femme également. Ses deux facettes ne peuvent être dissociées. Frida Kahlo le revendique elle-même : « je n’ai jamais peint de rêves. J’ai peint ma propre réalité. […] « Ma peinture porte en elle le message de la douleur […]. La peinture a complété ma vie. J’ai perdu trois enfants […]. Les peintures se sont substituées à tout ça. » Sa peinture fait dire d’ailleurs à Diego Rivera « qu’elle peint la face intérieure comme la face extérieure d’elle-même et du monde. » Il ajoute : « C’est une œuvre amère et tendre, dure comme l’acier et fragile et fine comme les ailes d’un papillon, aimable comme un joli sourire et atroce comme l’amertume de la vie. » En effet nous ressentons ici avec une acuité plus forte la souffrance physique et morale subie par Frida tout au long de sa vie.

En revanche ce qui m’a surprise ici c’est la quasi haine que Frida avait à l’encontre des surréalistes et de Paris. Le Larousse l’évoquait. Mais je ne me doutais pas à quel point : « Ces gens sont des putes. Ils me font vomir. Ils sont si foutrement « intellectuels » et si pourris que je ne les supporte plus. C’est vraiment trop pour mon caractère. J’aimerais mieux rester assise par terre à vendre des tortillas sur le marché de Toluca, que d’avoir à faire avec ses salopes « artistiques » de Paris. Ils s’assoient des heures dans les « cafés » à réchauffer leur précieux derrière, et parlent sans arrêt de culture et d’art, de révolution et ainsi de suite et patin et couffin, ils se prennent pour les dieux du monde, ils rêvent les idioties les plus fantastiques et empoisonnent l’air de théories et de théories qui ne se réalisent jamais. Le lendemain matin – il n’y a jamais rien à manger chez eux parce qu’aucun d’eux ne travaille et ils vivent comme des parasites sur le dos d’un tas de riches salopes qui admirent leur « génie » « d’artistes ». De la merde et rien que de la merde voilàa ce qu’ils sont ». Voilà qui souligne le caractère bien trempé de l’artiste engagé. C’est dommage qu’elle le prenne comme cela parce que par ici on aime beaucoup les surréalistes. Ses ouvrages risquent de flirter de très près avec d’autres ouvrages consacrés à certains d’entre eux… J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

Blague à part. Si vous deviez lire un ouvrage sur Frida Kahlo,  je vous conseillerai celui-ci : efficace de par son fond et agréable de par sa forme.

Je finirai par une des citations les plus significatives.

Elle est l’incarnation tragique de ce que dit Platon sans détours : « Le corps est semblable à un tombeau qui nous emprisonne comme l’huître est prisonnière de sa coquille.

Merci à Moka pour cette belle découverte qui a également lu la beauté terrible.

Et s’il fallait mettre une note :

Je vous parlerai de l’expo à la fin de janvier pour clore ce mois dédié à Frida…

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6 réflexions au sujet de « La beauté terrible »

  1. C’était effectivement une très belle biographie, bien documentée sur le personnage et sur son oeuvre. Dommage qu’elle ne soit pas illustrée !

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