L’invisible

Robert Pobi, L’invisible, Points, 2012

« Une femme a été écorchée vive. Elle a été maintenue au sol, forcée à regarder pendant que [son] gamin brisait  probablement le mur du son avec ses hurlements. Et il s’est vidé de son sang avant que l’assassin en ait fini avec lui (…) Pendant qu’elle haletait comme un poisson, tentant d’inspirer un peu d’air pour prier ou appeler à l’aide, il l’a scalpée. Puis il l’a probablement de nouveau cognée, et elle a presque perdu connaissance. Et pendant qu’elle tombait dans les pommes, il a arraché toute la chair de son visage. Et puis il a attendu. Et quand elle est revenu à elle, il l’a probablement laissée gueuler quelques minutes, histoire de bien graver cette image dans son esprit pour pouvoir de branler plus tard. Et alors, comme à ce stade il aimait tellement l’entendre brailler, il l’a maintenue avec son pied et il a arraché toute sa peau pendant qu’elle endurait des souffrances qui vous pulvériseraient le cerveau ».

La violence de ce double meurtre est sans précédent à Montauk, petite ville du Long Island. Les shérifs Hauser et Spencer semblent complètement désemparés. Ils choisissent alors de faire appel à Jake Cole, profiler d’exception au FBI, revenu quelques jours, après de très longues années, auprès de son père mourant, Jacob : artiste de génie complétement fou. Vous en conviendrez le hasard fait bien les choses… Sauf que Jake est persuadé que son père connait l’identité du dépeceur qu’il tenterait même de lui communiquer à travers ses œuvres… Un puzzle qui compte bien des milliers de pièces. Résoudre l’énigme demande un travail colossal qui s’avère chronophage. Or, il faut se dépêcher le dépeceur fou a encore frappé.

pobi

L’invisible a été l’objet d’une première lecture commune avec mes copines Caroline et Neph (qui l’ont également chroniqué sur leur blog respectif). J’ai adoré cette expérience inédite, ces échanges de mails enflammés faisant émerger les hypothèses les plus saugrenues. Nous avons finalement bien ri malgré la lourdeur de cet intrigue glauque… Revenons- y d’ailleurs !

Nous retrouvons dans l’invisible de Robert Pobi tous les ingrédients d’un bon thriller : à meurtre exceptionnel, profiler d’exception. Un profiler que l’on voudra forcément torturé par un passé difficile (et c’est peu dire) : perte du repère maternel dès le plus jeune âge, relation conflictuelle avec le père, drogue, alcool, flirt étroit avec la mort…  Mais pour équilibrer le tout, tout de même, le profiler aura une famille pour humaniser et attendrir ce personnage charismatique que la vie aura endurci et rendu cynique. La rencontre avec sa femme (ici Kay) sera forcément salvatrice pour l’un comme pour l’autre (le passé de Kay n’est pas glorieux non plus…) et leur enfant (Jérémy) sera la meilleure chose qui leur soit arrivée : la prunelle de leurs yeux qu’il faut à tout prix protéger du danger menaçant… Et lorsque en plus de tout cela, la Nature s’en mêle, c’est encore mieux ! Dylan, l’ouragan va bientôt s’abattre sur la ville ce qui risque (évidemment) de complexifier le bon déroulement de l’enquête…

En bref, la cuisine est bien faite mais on la déguste sans grandes surprises.

A l’approche du dénouement, le suspense est à son apogée. Le lecteur, les lectrices ici en l’occurrence sont à cran.  La lecture devient presque obsessionnelle, jusqu’au point d’amener son livre au boulot et de le lire aux moments des pauses. L’auteur a réussi à provoquer une telle pression que l’on s’attend à un dénouement hors du commun, une révélation explosive, une fin quasi apocalyptique…. Et puis… en fait non ! Déception. Je crois que je n’ai jamais autant été déçu par une fin. Je vous épargne le jeu de mot classique « cette fin m’a laissé sur ma faim » parce qu’en plus c’est même pire que cela. J’ai eu l’impression désagréable que l’auteur avait bâclé la fin de son roman : « bon il me faut un meurtrier maintenant… euh.. Am, stram, gram, Pic et pic et colégram, Bour et bour et ratatam, Am, stram, gram ça se-ra toi le MEUR-TRI-ER !  » J’exagère un peu (à peine) mais il y a tellement de choses qui restent en suspens, d’autres qui sont réécrites pour servir au dénouement que l’on se demande vraiment si l’auteur a maitrisé son intrigue jusqu’au bout.

L’invisible répond bien aux caractéristiques du thriller, il se lit bien mais à mon sens ici le dénouement est raté.

Et s’il fallait mettre une note :

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8 réflexions au sujet de « L’invisible »

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