Rentrée littéraire 2013

Valentine Goby, Kinderzimmer, Actes Sud, 2013

40 ans après sa lutte pour survivre dans un camp de concentration, Suzanne Langlois se raconte, dans une classe, devant des adolescents. En 1944, Suzanne Langlois alias Mila, jeune résistante d’une vingtaine année, est déportée avec sa cousine Lisette à Ravensbrück. Mila est enceinte pour la première fois. Par crainte, elle le cache à l’ennemi, à ses amies, à elle-même ; jusqu’au jour où elle découvre la maternité dans un contexte atrocement inhumain.

Kinderzimmer

La lecture de ce roman débute  difficilement pour moi. Très difficilement. J’ai beaucoup de mal à me concentrer, à me laisser prendre par le récit. Je le trouve complexe, lourd. Mais l’enthousiasme de mes libraires préférées et des internautes attisent ma curiosité. Je continue. Je m’accroche enfin aux wagons (si j’ose dire).

Il est difficile même impossible de rester insensible à Kinderzimmer. Nous avons tous lu et vu énormément de choses sur la déportation, les camps de concentration mais dans ce roman l’auteure me semble-t-il (je n’ai pas non plus une maitrise pointue du sujet) apporte quelque chose de nouveau : donner la vie entre les morts. On ne tombe pas ici dans le misérabilisme, la dramatisation et bizarrement cela rend les choses encore plus douloureuses.

Les conditions de vie sont indescriptibles. Le camp de concentration de Kavensbrück compte plus de quarante mille femmes mais aucune d’entre elles n’en a gardé l’apparence : « les femmes n’ont plus de sexe, à seize ans comme à soixante ans ». Leur corps devient un réceptacle à remplir : « Remplir le corps, c’est l’obsession. Un bout de légume tombé d’une gamelle, souillé de poussière et de salive, ça se mange. Une épluchure jetée aux cochons, ça se mange. Les pensées violettes qu’on trouve parfois le long du lac vers les wagons de pillage, ça se mange. Et la pâtée des chiens devant les villas SS, des tranches de viande crue couleur framboise mêlées de bouts de gras, avec des grosses mouches verte autour, ça se mange. Louise a volé de la viande dans la gamelle d’un chien. Le chien lui a mordu la joue, viande contre viande. Elle a reçu cinquante coups de bâton au Bunker. Louise a dit qu’après trente coups elle s’est évanouie, ils ont tâté son pouls, lui ont jeté à la figure un seau d’eau froide, l’ont traînée au Revier où elle s’est reposée deux jours. Ensuite ils lui ont administré les vingt coup restant ».

Après l’accouchement de Mila, nous découvrons l’existence d’une kinderzimmer. La découverte de ce lieu (et de sa gestion surtout) par les femmes du camps et par le lecteur est un véritable crève-cœur. Je n’ose vous en dire plus à ce sujet, je préfère vous laisser découvrir cet endroit au cours de votre (éventuelle) lecture.

La solidarité, la cohésion qui se forme dans ce camp est extrêmement forte et émouvante. Toutes luttent, ensemble, contre les ennemis du quotidien : les SS, la faim, le froid, la mort. Chacune représente pour l’autre une raison de vivre, d’espérer.

Kinderzimmer est une vraie leçon de vie. Survivre à tout prix dans le contexte le plus atroce pour celles qui sont devenues désormais des amies, des membres d’une grande famille. Tenir bon, coûte que coûte, pour les bébés, la Patrie car Mila « a cette intuition que bientôt il faudra parler, et se dépouiller de sa peau singulière ».

Et s’il fallait mettre une note :

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8 réflexions au sujet de « Rentrée littéraire 2013 »

  1. Les bébés nés dans les camps

    Un cas tout à fait particulier, celui des bébés nés en camp de concentration, en particulier à Ravensbrück.
    Les résistantes enceintes n’étaient pas déportées directement, elles restaient en prison dans leur pays d’origine jusqu’à leur accouchement puis, séparées de leur bébé, elles étaient déportées. Mais des grossesses pouvaient passer inaperçues et des bébés sont nés à Ravensbrück
    Après une période d’avortements forcés, puis de mise à mort systématique des nouveaux nés, les bébés ont été laissés en vie, mais dans des conditions très précaires. Leurs mères affamées n’avaient guère de lait.
    Près de 800 bébés sont nés à Ravensbrück.
    Presque tous sont morts.
    Parmi les rares survivants se trouvaient 3 petits Français.
    Ces bébés n’ont dû leur survie qu’à la solidarité : des déportées réservaient une part de leur maigre ration pour les mamans qui allaitaient, d’autres comme Marie-Jo CHOMBART DE LAUWE, jeune étudiante en médecine, tentaient de les soigner au mieux dans le block pour nourrissons que les responsables du camp avaient fini par créer en septembre 1944.
    http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/enseigner/memoire_deportation/enfants.htm

    Lire les témoignages de Marie-Jo…

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