Rentrée littéraire 2013

Hugo Boris, Trois grands fauves, Belfond, 2013

Danton, Victor Hugo et Churchill ont marqué l’Histoire. Hugo Boris nous amène à leur rencontre. Une rencontre inédite.

trois fauveDe nature très distraite, il est rare qu’un roman accapare mon attention dès les premières lignes. Mais c’était sans compter sur la plume exceptionnelle d’Hugo Boris. Le sujet n’est pas évident et pourtant l’auteur nous attire brillamment  dans les récits de vie de ses trois grands monstres, que l’on découvre dans leur intimité. L’écriture est fluide, efficace, rythmée et dynamique. Les parties sont clairement distinctes, définies et communiquent entre elles : Hugo se compare à Danton, Churchill lui admire la statue et stature de Danton, puis sollicite Hugo pour corroborer certains de ses actes. Bref, Hugo Boris nous emporte avec talent dans son univers en trois parties.

Danton, l’auteur l’annonce :  » où l’on commence par faire la nique à la mort en pensant la retarder mieux ». En effet, dès son plus âge Danton échappe, de près, à la mort. Ses accidents répétés causés par un taureau énervé l’ont littéralement défiguré ; à tel point que sa propre mère peine à le reconnaître : « elle cherche le garçon sous les traits du géant, peine à le retrouver sous tant de blessures. Elle regarde la cicatrice de ses lèvres bourrelées, son nez enfoncé d’un coup de sabot, sa peau grêlée, traversée de fronces et de gerçures. Quel palimpseste que ce visage ! Quelle insulte adressée au portrait original ! Il n’a guère que dans l’éclat de ses yeux noirs et perçants qu’elle reconnaît l’enfant qui lui est sorti du ventre. » Laid, Danton n’en demeure pas moins charismatique. Son charisme interpelle, séduit. A Paris – où il excelle en tant qu’avocat – il rencontre Gabrielle qui devient son épouse. Février 1793, cette dernière met au monde son quatrième enfant mais gravement malade, elle meurt. Sa mort frappe Danton de plein fouet. Bouleversé, il ira jusqu’à l’exhumer pour en obtenir le portrait. Après le décès de sa femme qu’il a tant aimé, Danton se concentre, avec une acuité plus forte encore,sur sa carrière.« Amical, généreux, il accapare l’attention de son bruit, de ses anecdotes et de ses récits, parle à chacun, sans gêne, à l’aise avec le fort des Halles comme le juge consul. Il y a du feu dans ses paroles et dans chacun de ses mouvements. Il a une envie folle d’être regardé, de faire figure à Paris ». Une envie qui le mènera au devant de la scène politique. Ses qualités d’orateur le rendent vite populaire. Mais son audace le mènera droit à la guillotine où il pense pouvoir, encore, échapper à la mort.. A tort.

Victor Hugo, un récit de vie « où l’on apprend que Danton s’est trompé puisqu’il suffit de manger ses enfants pour gagner en longévité« . La carrière du grand homme est effectivement évoquée, ici à travers la relation qu’il a avec sa famille, particulièrement avec ses enfants. Une relation que je pense malsaine. Cette seconde partie dédiée donc, à Victor Hugo est celle qui m’a le plus interpellé. L’auteur réussit admirablement bien à susciter chez le lecteur (chez moi en tous les cas) un malaise. Homme à femmes, Victor Hugo est peu présent pour ses enfants. On apprendra d’ailleurs à la fin de son récit qu’il tenait un registre de ses aventures qui furent nombreuses. Admiré et admirable, il était difficile de se refuser à lui. Les femmes qu’il choisit ont, pour beaucoup, de fortes ressemblances avec sa fille Léopoldine à qui il portait un intérêt ambiguë. Mais bientôt un drame frappe les Hugo : Léopoldine se noie le jour de ses noces. Hugo ne s’en remettra jamais. Avec ses quatre autres enfants, Hugo est dédaigneux presque malgré lui.  Tous peinent à exister  à ses yeux et face à lui en société. Tous auront un destin tragique… Victor Hugo tentera de se rattraper avec ses petits enfants mais là encore la relation est malsaine..

Churchill avec qui « on remercie Danton et Hugo de leurs efforts en concluant que mourir de son vivant est encore le meilleur moyen de vivre plus longtemps« . Churchill est connu aujourd’hui de tous, comme un personnage clé de la Seconde Guerre Mondiale. Il faut le savoir, il avait un véritable attrait pour la guerre. Son goût pour la guerre étonne. Sa douloureuse enfance en est la cause : « on se consume vite chez les descendants du duc de Marlborough. Trois de ses oncles sont morts dans la fleur de leur jeunesse. Le quatrième a passé à quarante-huit ans. Son père à quarante-cinq. Si au mieux Winston atteint son âge, cela signifie qu’il est aujourd’hui au mitan de sa vie. Alors il a bien le droit de l’aimer, la guerre, de vouloir mourir pour elle, la guerre, de la regarder droit dans les yeux, la guerre. Et puis  elle ne peut pas lui faire bien mal, puisqu’il est déjà mort. Son père a eu soin de le tuer de bonne heure. Winston porte sur lui son désamour comme un couteau dans le cou ». Churchill « est démocrate, bien sûr, n’aspire qu’à la paix des peuples, mais les dangers extérieurs de la Grande-Bretagne le protégeraient de ses périls intimes. Cette certitude obscène sous son crâne : une guerre serait son salut. Il trouverait bien à s’y rendre utile ». Son utilité fut d’ailleurs saluer par tous et prouve à son feu père qu’il avait tort de si peu croire en lui…

Nous assistons ici à la construction de trois grands hommes mis à nu face à leur destin. Des destins liés très tôt à la mort. Cette menace de la faucheuse toujours présente et les douloureuses pertes  sembleraient les avoir inciter à se dépasser pour se réaliser. Pour finir (au cas où je ne vous ai pas encore convaincu) ces trois récits EXCEPTIONNELS interpellent et interrogent sur les conditions et sacrifices qu’il faut subir pour aller au-delà de ses aspirations.

Et s’il fallait mettre une note :

Publicités

8 réflexions au sujet de « Rentrée littéraire 2013 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s