Rentrée littéraire 2013

Brigitte Giraud, Avoir un corps, Stock, 2013

Avoir un corps est l’histoire d’un corps d’une petite fille devenue femme. La narratrice met en scène son corps. Elle se raconte alors : « j’étais faite de couches, de strates superposées issues de tous les âges. Qui tiennent ensemble, solidaires, qui communiquent. Je sens comme cohabitent le petit animal en short de l’enfance qui escalade le toboggan, le gymnaste marchant sur la poutre, l’adolescente qui danse sur Imagine, l’amoureuse qui monte derrière la moto, la libraire en équilibre sur l’escabeau, la mère qui maintient Yoto contre sa hanche. Je marche sur le sentier et cette sensation devient concrète, je suis faite de toutes ces pièces, comme si mon corps était une maison où vivent l’ensemble le vif de l’existence, fait de désirs, de force et de pulsations, mais aussi l’absence. Tous ces corps de fille évoluent sous le même toit et tissent une mémoire serrée. »

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On traverse avec la narratrice chacune des étapes de sa vie, au quotidien. A chaque âge  ses problématiques, ses enjeux : découvertes enfantines rythmées par l’éducation des parents, métamorphoses de l’adolescence où pudeur, complexe, amour, séduction tentent de trouver un équilibre. Puis la vraie vie avec ses joies et ses peines : travail, maternité, deuil… Tous ces moments clés de la vie sont vus à travers le corps. Le corps prime sur l’identité. En effet, il est intéressant de voir que la narratrice ne nomme pas les personnes qui lui sont le plus proche. Elle parle du père, de la mère, du garçon (faisant office de compagnon)…

La narratrice fait admirablement bien dialoguer la tête et le corps. Parfois la tête agit sur le corps. C’est comme dirait l’autre psychologique. « Ce que la tête peut faire au corps ? Extinction de voix, migraine, impuissance, zona, lumbago, eczéma, anorexie, urticaire, ulcère à l’estomac, crise de foie, psoriasis, obésité, herpès, asthme, infarctus, hypertension, cancer. Stérilité. »  D’autres fois, la tête agit sans le corps. La narratrice rapporte sa propre expérience qui je suis sûre parle à plus d’une d’entre nous: « la différence entre ma tête et mon corps me sidère. Je suis cohérente quand je parle, je suis lucide et déterminée. Je donne l’impression d’avoir la force, je rassure ceux qui s’inquiètent pour moi. J’ai de l’humour, voire de l’humour noir. Ma tête dit que tout va bien, ma tête peut choisir. [Et pourtant] j’ai peur que mon corps lâche, que le chagrin si peu visible creuse des galeries à l’intérieur, provoque des ruptures, des zones de troubles, des marécages. »

Mais, un écart se creuse entre la narratrice et moi, lorsque celle-ci  devient mère. Il faut le savoir : le monde se divise en deux catégories. Il y a ceux qui ont enfanté et les autres. Moi je suis les autres. Les autres qui écoutent pendant des heures, en salle des profs ou ailleurs, parler bobo, popo en ayant envie de faire dodo… Les autres qui écoutent terrifiés les transformations que la grossesse a engendré. Bref, les longues pages d’après accouchement ne m’ont pas particulièrement passionné.

J’accroche de nouveau lorsque le « garçon » décède (non je ne suis pas une insensible sadique). Je retrouve la narratrice qui m’a captivé dès les première lignes. On la retrouve elle. Face à elle même. Une jeune femme endeuillée, affaiblie, perdue qui comme à l’adolescence ne sait quoi faire de ce corps meurtri. Elle se cherche. Elle redécouvre son corps dans le regard de l’autre. Brigitte Giraud montre d’ailleurs bien, tout au long du roman, comment la connaissance du corps se construit dans l’altérité via le regard de l’Autre.

Et s’il fallait mettre une note :

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7 réflexions au sujet de « Rentrée littéraire 2013 »

  1. Haha, je crois que je fais bien partie de la deuxième catégorie aussi, les non-mères ! Quoiqu’on a de la chance, la plupart de nos collègues sont soft ! J’avais aimé « Une Année étrangère », de la même auteur ; je lirai peut-être ce tome par curiosité !

    • Une étape pour laquelle j’ai moins accroché… Mais je suis complètement d’accord, Avoir un corps est un beau roman qui résonnera chez toutes les lectrices… et est très intéressant pour les lecteurs également ! 🙂

  2. Je ne connaissais pas du tout mais je suis tombée sur « Pas d’inquiétude » à la librairie et il a aussi l’air excellent ! Idem pour le recueil « L’amour est très surestimé », voilà une auteure que je vais très vite découvrir je pense ! Merci Khadie ! 🙂

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