Histoire des médias en France

Fabrice d’Almeida, Christian Delporte, Histoire des médias en France : de la Grande Guerre à nos jours, Flammarion, 2003

« L’homme contemporain vit dans un monde saturé d’information. Même s’il s’en croit à l’abri, un flux continu de données l’assaille, portées par la télévision, la radio, les signaux électriques, les supports visuels et sonores, les imprimés de toutes sortes, d’abord conçus pour l’influencer. »

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A l’aube du XXe siècle, la presse amorce son tournant : d’éducateurs les journaux deviennent médiateurs. « La presse écrite est devenue un produit, soumis à la concurrence et attirant les appétits financiers. Les partisans d’un journalisme de mission, éducateurs des masses, pourfendeur des tyrannies, héritier de la Révolution Française et de la lutte pour la liberté qui parcourt le XIXe siècle ne peuvent que constater amèrement leur défaite ». La presse d’opinion cède la place à la presse populaire. Cette dernière offre au public ce qu’il attend : une information rapide, des faits divers qui aiguisent la curiosité, des articles distrayants ou des romans feuilletons qui nourrissent son imagination et l’initient à la lecture. Mais en 1914, le conflit interrompt la montée de la liberté d’expression, ouverte en 1789, revivifiée en 1848, sanctifiée par la loi de 1881. C’est le retour brutal d’Anastatie. Au lendemain de la guerre, la presse doit reconquérir la population devenue sceptique face à l’information : puissance de la censure, course à la démagogie, fausses nouvelles véhiculées par tant de titres restent dans la mémoire collective comme la preuve de la trahison de l’idéal de mission qui avait toujours animé le journalisme. Malgré tout une fois la crise de l’immédiat après guerre passée, les journaux se vendent bien et touchent toutes les catégories sociales. Mais de 1939 à 1944, l’information est de nouveau sabordée.

Après les règlements de compte avec les collaborateurs, l’euphorie retombe en 1944. Le lectorat se lasse des querelles partisanes, largement alimentées par la presse, il souhaite désormais une autre information plus diversifiée. Les journaux qui se vendent, les stations qu’on écoute misent sur la plus large diversité de l’information et attirent les lecteurs ou les audimateurs par des pages ou des programmes ludiques. Informer, cultiver, divertir devient la ligne de conduite des médias. C’est ainsi que la télévision forge les instruments qui, dans la décennie suivante la transformeront en grand média populaire.

Les transformations socio-économiques des années 1960 bouleversent à nouveau les médias. Le développement des grandes surfaces assure la démocratisation de la consommation. Ils prétendent lutter contre la vie chère et permettre à tous d’avoir accès aux produits jusque là réservés aux élites sociales. En aval, les médias, secteur public en tête, forgent des programmes qui affichent leur volonté de s’adresser à tous. Alors, les bons médias ne sont pas forcément ceux qui véhiculent un message, mais ceux qui savent attirer l’œil sur des produits consommables.

Le lecteur marque une distance avec la presse qui s’accentue au fils des ans : seuls quatre Français sur dix achètent un quotidiens tous les jours en 1988.

L’information laisse place à la communication.

« Condition de toute vie sociale, la communication de masse suppose la mise en commun de l’information, l’échange de messages significatifs, transmis à l’aide de mots ou de signes visuels, par le texte, la parole ou l’image. Les premiers théoriciens américains de la communication y voient, dans le monde des années 1940-1950, déchiré par les guerres et les totalitarismes, le fondement essentiel de la compréhension mutuelle entre les peuples, et la source primordiale du cheminement de l’humanité vers le progrès. » Lourdement chargée d’idéologie, la communication rejoint l’idéal démocratique de la libre expression et de la diffusion universelle du savoir. On ne cherche plus seulement à délivrer un message mais on désire aussi séduire les opinions, pour mieux conquérir leur confiance. « La communication parle à la fois à la raison et à l’affect : elle joue sur la crédibilité et la cohérence du message, et, en même temps, sur les sympathies et l’adhésion instinctive des publics pour celui qui l’émet. »

1980, nouveau tournant. Nous entrons dans la société de l’information. L’opinion prend conscience de la surabondance de l’information et de ses dangers. Les médias perdent le contrôle de l’information en même temps que leur crédit. L’information se dégrade. La « marchandisation » et la commercialisation de la nouvelle est en cause.

La presse people fait son entrée début 1990, avec succès. Les notions de brièveté et d’instantanéité se sont peu à peu substituées à celle de vitesse. Aussi, il ne suffit plus d’évoquer un événement, il faut désormais le vivre en direct. « L’image télévisée à la fois devient l’instrument d’explication de l’information, et transforme le téléspectateur en témoin, voire, par effet d’identification, en acteur de l’événement ». L’avènement du numérique ne fera qu’accentuer cette tendance.

« Les Français auraient-ils les médias qu’ils méritent ? »

planVous l’aurez compris, j’ai choisi d’orienter mes recherches vers ce vaste monde des médias. Cette première lecture m’a permis d’en appréhender les évolutions, les fluctuations, les changements tout au long de l’Histoire française depuis la Grande Guerre.

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